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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300471

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300471

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300471
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2023, M. B A, représenté par Me Tagne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 27 janvier 2023 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnait également l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité comorienne né le 31 décembre 1971, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France métropolitaine le 10 janvier 2015. Le 8 mai 2022, il a sollicité de la préfète des Deux-Sèvres la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 27 janvier 2023, celle-ci a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par la secrétaire générale de la préfecture des Deux-Sèvres à qui, par un arrêté du 6 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs dans ce département, le préfet de ce département a donné délégation de signature à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sur lesquelles elle se fondent. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant en rappelant les conditions de son entrée irrégulière sur le territoire français, ainsi que les motifs pour lesquels sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale " doit être rejetée. Il suit de là que la décision contestée, qui comporte l'exposé des motifs de droit et des circonstances de fait justifiant le rejet de la demande de l'intéressé, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. Il n'est pas contesté que tous les enfants de M. A sont de nationalité étrangère. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel l'intéressé n'a d'ailleurs pas demandé de titre de séjour, ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet en estimant qu'il ne contribue pas à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, est, en toute hypothèse, sans influence sur son droit à obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

7. Si M. A soutient être entré en France le 10 janvier 2015, il ne conteste pas qu'il s'est vu délivrer des visas de courts séjours pour Mayotte, valables du 16 février 2017 au 19 février 2019 puis du 5 février 2019 au 4 février 2020 ainsi qu'un visa du 22 juin 2017 au 21 juin 2019 pour la Réunion, ce qui indique qu'il a depuis quitté, à de multiples reprises, la France pour retourner dans son pays d'origine dans lequel il ne peut ainsi prétendre être isolé en cas d'éloignement. La seule circonstance que certains des membres de sa famille ont acquis la nationalité française et vivent sur le territoire métropolitain ne suffit pas à établir, à défaut de livret de famille ou de document d'effet équivalent, qu'il n'aurait plus de famille aux Comores, même si son père et sa mère y sont décédés. Il n'est pas établi, ni d'ailleurs allégué, que la présence de l'intéressé auprès des membres de sa famille vivant en France serait indispensable. Il ressort des pièces du dossier que le requérant vit séparément de ses compagnes successives et de ses cinq enfants, nés de différents lits, tous de nationalité étrangère, vivant en France. Les certificats de scolarité de ses enfants ainsi que les attestations, au demeurant non circonstanciées et manifestement établies pour les besoins de la cause par un médecin et par les chefs des établissements scolaires concernés, ne suffisent pas à établir qu'il contribuerait de manière effective à l'éducation et à l'entretien de ces enfants, de même, d'ailleurs, que les quelques factures, très récentes et de faibles montants, par lesquelles il prétend justifier d'une telle contribution. M. A n'apporte, par ailleurs, aucun élément indiquant qu'il entretiendrait avec ses enfants des liens intenses, anciens et durables. Le requérant, dont il est constant qu'il ne dispose d'aucune ressource propre, qu'il n'occupe aucun emploi et qu'il ne dispose pas d'un logement personnel depuis son arrivé en métropole, n'apporte aucun élément permettant d'apprécier ses conditions d'intégration sociale et professionnelle sur le territoire français. En estimant que son admission au séjour ne répondait à aucune considération humanitaire et n'était pas davantage justifiée par des circonstances exceptionnelles, la préfète des Deux-Sèvres n'a, donc, commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point précédent

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision obligeant la requérante à quitter le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale, ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, comme il a été dit au point 7, M. A ne justifie pas de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation des cinq enfants dont il vit séparé. En toute hypothèse, rien ne s'oppose à ce que sa cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine avec celles de ses compagnes successives et ceux de ses enfants, tous de nationalité étrangère, qui désirent l'y rejoindre. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

L. CAMPOY

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Y. CROSNIER

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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