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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300564

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300564

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers 96/144 heures

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2023, M. C B, représenté par Me Tanoh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel la préfète de la Charente lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est illégale dans la mesure où il a déposé en septembre 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur laquelle la préfète n'a pas encore statué, celle-ci n'ayant pas attendu les suites pénales données à son interpellation pour vol pour prendre sa décision et alors qu'il était en garde à vue ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ayant exercé une activité rémunérée, il dispose d'une insertion réelle ;

- la décision méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire enregistré le 17 mars 2023, la préfète de la Charente a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de nationalité arménienne né le 10 décembre 1981, est entré en France le 6 février 2018. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 23 février 2023 par lequel la préfète de la Charente lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d'un an et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation et à fin d'injonction :

2. Premièrement, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et différents articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables en l'espèce. Il décrit les conditions de séjour en France du requérant qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai et a été interpelé le 22 février 2023 à Cognac suite à un vol à l'étalage. La mesure comporte une référence à sa situation personnelle au regard du droit d'asile, l'intéressé ayant été débouté du droit d'asile suite à une décision de la CNDA du 4 septembre 2020. Ainsi, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. Deuxièmement, d'une part, aux termes de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". D'autre part, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger, s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents. / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L.542-1 et L.542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). "

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé le 10 septembre 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile réceptionnée en préfecture le 12 suivant. Celle-ci a fait l'objet de la part de la préfète de la Charente d'une décision implicite de rejet en date du 12 janvier 2023. Par suite, à la date de l'arrêté attaqué, l'intéressé ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire et la préfète pouvait prendre légalement prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans attendre les suites pénales données à son interpellation pour vol et alors même qu'il était placé en garde à vue.

5. Troisièmement, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Le requérant soutient qu'il réside en France depuis février 2018 avec sa femme, sa fille de 8 ans qui est scolarisée et sa mère et, qu'ayant exercé une activité rémunérée, il dispose d'une insertion réelle. Toutefois, la mère et l'épouse de l'intéressé se maintiennent sur le territoire en situation irrégulière, leurs demandes respectives de titres de séjour ayant été rejetées le 12 janvier 2023. En outre, M. B, qui est sans profession ni ressources propres ou logement pérennes, ne démontre pas la réalité de son insertion sociale et professionnelle en se bornant à produire un bulletin de salaire pour juin 2022. Il ne fait pas état d'autres attaches en France que sa fille, son épouse et sa mère et n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine dans lequel il a résidé pendant trente-sept ans. Par ailleurs, et en tout état de cause, si l'intéressé soutient que son état de santé fait obstacle à son éloignement, il ne le démontre pas en produisant trois certificats médicaux datés des 3 octobre 2019, 22 juin 2020 et 18 août 2020 selon lesquels il est suivi pour une leucémie myéloide pour laquelle il est en rémission depuis 2015. Dans ces conditions, la préfète de la Charente a pu l'obliger à quitter le territoire français sans porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Quatrièmement, il ne résulte pas des circonstances précitées que la préfète de la Charente aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. Cinquièmement, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. L'intéressé ne produit aucun élément probant de nature à établir qu'il se trouverait, en cas de retour dans son pays d'origine, exposé à un risque actuel, personnel, direct et sérieux pour sa vie ou sa liberté ou à des traitements prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent l'être également. Il en va de même de ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B à la préfète de la Charente.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Le magistrat désigné

Signé

P. A

La greffière d'audience,

Signé

S. SKRIDLA

Lu en audience publique le 20 mars 2023.

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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