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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300605

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300605

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDONZEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2023, Mme C B, représentée par Me Donzel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 novembre 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d'incompétence ; elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2023, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante ukrainienne née le 10 mars 1959, est entrée irrégulièrement en France le 1er mai 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 5 novembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 octobre 2021. Le 12 janvier 2022, Mme B a fait l'objet d'un premier refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement. Le 11 mars 2022, elle a sollicité de la préfète des Deux-Sèvres la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 18 novembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 mai 2022, visé dans l'arrêté attaqué et régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat, le secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres a reçu délégation de la préfète de ce département à l'effet de signer tous arrêtés et décisions qui concernent la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " (). "

4. Mme B n'était entrée en France que depuis moins de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. Si son époux est présent sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que ce dernier est également en situation irrégulière et fait, lui aussi, l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une mesure d'éloignement. S'il est constant que leur fille A, est titulaire d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 4 février 2023, l'intéressée n'établit pas, ni d'ailleurs n'allègue, que sa présence auprès de cette dernière serait indispensable. Mme B n'apporte aucun élément permettant d'apprécier ses conditions d'intégration personnelle et professionnelle en France. Elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante ans. En estimant que son admission au séjour ne répondait à aucune considération humanitaire et n'était pas davantage justifiée par des circonstances exceptionnelles, la préfète des Deux-Sèvres n'a ainsi commis aucune erreur manifeste d'appréciation.

5. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme B doivent, à les supposer soulevés, être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. La décision de refus de séjour n'étant pas illégale, Mme B n'est pas fondée à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le président rapporteur,

signé

L. CAMPOY

L'assesseur le plus ancien,

signé

Y. CROSNIER

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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