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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300651

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300651

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS THIERRY ZORO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, Mme A B, représentée par Me Zoro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence, faute pour son signataire de justifier d'une délégation régulière.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conditions d'existence.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du 21 septembre 1992 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte-d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Dumont a été entendu au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 22 septembre 2000, est entrée sur le territoire français le 2 octobre 2018 sous couvert d'un visa étudiant valable du 28 septembre 20218 au 28 septembre 2019. Elle s'est vue délivrer plusieurs titres de séjour temporaire en qualité d'étudiante entre le 29 septembre 2019 au 28 septembre 2022. Le 23 novembre 2022, Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 7 février 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté 2022-SG-DCPPAT-020 en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le 13 juillet 2022, le préfet de la Vienne a donné délégation à Madame Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de leur délivrance, s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve des conventions internationales. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. () ". Aux termes de l'article 14 de cette même convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux Etats. ". Enfin, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le droit au séjour des ressortissants ivoiriens en France en qualité d'étudiant est intégralement régi par les stipulations de l'article 9 de la convention signée entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire le 21 septembre 1992. Toutefois, le pouvoir d'appréciation, dont dispose l'autorité administrative en vertu des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, est le même que celui dont elle dispose en application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. À cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en octobre 2018 pour y poursuivre des études supérieures et a été inscrite en première année de licence sciences économiques, année qu'elle n'a validée qu'à l'issue de l'année universitaire 2019-2020. Par ailleurs, elle n'a pas validé à deux reprises sa deuxième année de licence économie et gestion à l'issue des années universitaires 2020-2021 et 2021-2022. Si Mme B explique ses échecs successifs par la maladie de sa mère, hospitalisée en France à partir de septembre 2021 et qui est décédée en janvier 2022, elle n'établit pas par les pièces qu'elle produit qu'elle a dû interrompre ses études pour assister sa mère et s'occuper de ses frères et sœurs. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que ses échecs à l'issue des années universitaires 2018-2019, puis 2020-2021 sont antérieurs à ces évènements. Dans ces circonstances, dès lors que ni le sérieux, ni la progression dans ses études n'étaient établis à la date de la décision attaquée, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui un délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet de la Vienne aurait entaché sa décision d'une erreur de droit dans l'application des stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992.

6. En second lieu, la seule circonstance que Mme B ne justifiait pas le sérieux des études poursuivies suffisait à fonder le rejet de sa demande de titre de séjour étudiant sur le fondement de de l'article 9 de l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992. Par suite, le moyen tiré de l'erreur dans l'appréciation de ses conditions d'existence doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, Mme B n'établissant pas que la décision portant refus de titre de séjour serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

8. En second lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour a été prise au visa des stipulations de l'accord franco-ivoirien et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B, ainsi que des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle décrit sa situation administrative, personnelle et familiale ainsi que les éléments qui ont conduit le préfet de la Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour. Elle comporte ainsi les considérations de droit et fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée. Il en résulte que, dès lors que la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français a été prise sur le fondement d'une décision portant refus de titre de séjour motivée, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen sera écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Mme B n'établissant pas que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français seraient illégales, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme. Le Bris, présidente,

Mme Dumont, première conseillère,

Mme Balsan-Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

La présidente,

Signé

I. LE BRIS Le greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

N. COLLET

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