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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300718

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300718

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2023, Mme D, représentée par Me Menard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il ne ressort pas des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autre parent doive contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, et d'une erreur d'appréciation dès lors que les conditions sont remplies pour se voir attribuer la carte de séjour de plein droit ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 832-2 (désormais codifié à l'article L. 441-8) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 17 juillet 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Par ordonnance du 23 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 août 2024.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Balsan-Jossa a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante comorienne née le 31 décembre 1982 à Ongojou Anjouan (Comores), qui a obtenu des titres de séjour portant la mention vie privée et familiale et parent d'enfant français délivrés par le préfet de Mayotte, valables du 12 février 2015 jusqu'au 2 septembre 2019, est entrée sur le territoire métropolitain en mai 2019 selon ses déclarations. Elle avait sollicité, le 23 septembre 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui lui avait été refusé le 25 août 2021. Elle a sollicité à nouveau, le 18 juillet 2022, auprès des services préfectoraux de la Vienne, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français à titre principal et " vie privée et familiale " à titre subsidiaire. Par une décision du 26 janvier 2023, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, par un arrêté 2022-SG-DCPPAT-020 en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le lendemain, le préfet de la Vienne a donné délégation à Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

2. En deuxième lieu, la décision, après avoir visé l'ensemble des dispositions applicables à la situation de Mme D, mentionne l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressée en précisant les conditions de son entrée en France, à Mayotte puis en France métropolitaine, la demande de titre de séjour qu'elle a formulée et les motifs précis et circonstanciés pour lesquels sa demande ne peut être accueillie. Elle mentionne en outre l'ensemble des pièces justificatives versées par la requérante avec un bref résumé de leur contenu et une analyse de celles-ci dans les motifs. Par suite, cette décision, qui contient l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Vienne aurait omis de procéder à un examen particulier et approfondi de la situation de Mme D.

4. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Il résulte de ces dispositions combinées que si l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité, il doit alors justifier que l'autre parent français contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant français mineur résidant en France. En l'absence de preuve de cette contribution, il convient alors d'apprécier le droit au séjour du demandeur au regard du respect de sa vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de l'enfant.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme D est mère de sept enfants, dont deux enfants majeurs et un enfant mineur, B, qui possèdent la nationalité française. Afin de justifier de la contribution effective à l'entretien et à l'éducation de B, par le père de ce dernier, M. C, Mme D verse un seul justificatif d'un virement de 250 euros effectué au mois d'octobre 2022, également destiné à l'entretien des trois autres enfants du couple. En outre, elle ne justifie aucunement de la contribution de M. C à l'éducation de sa fille. Par suite, la préfète de la Vienne n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que la condition relative à la contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant français mineur par le père auteur de la reconnaissance de paternité n'était pas remplie.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D et ses enfants sont entrés, selon ses déclarations, en mai 2019 sur le territoire métropolitain de la France. Toutefois, la requérante, célibataire et hébergée par sa fille aînée, n'apporte aucun élément de nature à justifier les nécessités pour sa famille de résider désormais en métropole et ne justifie ni d'une insertion sociale ou professionnelle ni disposer de ressources suffisantes à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent du séjour de l'intéressée en métropole et à la circonstance que la décision n'a pas pour effet de la séparer de ses enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour qu'elle conteste porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En prenant cette décision, le préfet de la Vienne n'a donc pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". La décision de refus de délivrance de titre de séjour en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'intéressée de ses enfants mineurs, ni de les empêcher de poursuivre leur scolarité. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

9. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département () doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat du département () où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public () ". Aux termes de l'article R. 441-6 du même code, l'étranger qui sollicite le visa prévu à l'article L. 441-8 du même code " présente son document de voyage, le titre sous couvert duquel il est autorisé à séjourner à Mayotte, les documents permettant d'établir les conditions de son séjour dans le département de destination, les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour ainsi que les garanties de son retour à Mayotte. / Sauf circonstances exceptionnelles, ce visa ne peut lui être délivré pour une durée de séjour excédant trois mois () ".

10. Sous la qualification de " visa ", ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois. Les dispositions de l'article L. 441-8 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre, dans cet autre département, à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et, en particulier, à la délivrance de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Mme D déclare être entrée sur le territoire métropolitain de la France en mai 2019. Si le titre de séjour dont elle était titulaire au moment de son arrivée en métropole n'avait pas encore expiré, la validité de celui-ci, délivré par le représentant de l'Etat à Mayotte pour une ressortissante comorienne, était cependant limitée à ce seul département. Il n'est pas établi qu'avant d'arriver en métropole, Mme D aurait obtenu, ni même demandé, la délivrance de l'autorisation de séjour prévue à l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète de la Vienne a pu légalement lui opposer le défaut de cette autorisation spéciale pour lui refuser le renouvellement de la carte de séjour temporaire sollicitée, à titre principal sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente

Mme Balsan-Jossa, première conseillère,

Mme Boutet, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

S. BALSAN-JOSSA

La présidente,

Signé

I. LE BRIS Le greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Signé

S. GAGNAIRE

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