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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300766

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300766

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 mars 2023 et le 12 octobre 2023, Mme B A, représentée par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry ;

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante béninoise née le 1er janvier 1982, est entrée en France le 25 décembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 22 octobre 2018 au 19 avril 2019. Par un arrêté du 22 août 2019, le préfet de la Gironde l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Elle a formé un recours à l'encontre de cet arrêté, qui a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux le 29 janvier 2020, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 16 novembre 2020. Sa demande de délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale - liens personnels et familiaux " et " parent d'enfant français " a été rejetée par un arrêté du préfet de la Gironde du 16 juillet 2021. Elle a formulé une autre demande de titre de séjour " liens privés et familiaux en France " par un courrier du 4 janvier 2022 auprès de la préfecture de la Vienne. Par une décision du 15 novembre 2022 dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature du préfet de la Vienne à l'effet de signer notamment tous les actes entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a sollicité un titre de séjour qu'au regard de ses liens privés et familiaux en France. Bien qu'elle établisse, par un jugement du tribunal de grande instance de Bordeaux du 13 février 2023, au demeurant ultérieur à la décision attaquée, contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses trois filles françaises, dès lors que leur résidence a été fixée à son domicile, le préfet n'était donc pas tenu, contrairement à ce qu'elle soutient, d'examiner sa demande sur le fondement des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de ces articles, inopérant, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est mère de trois enfants français, nées les 28 février 2006, 16 octobre 2012 et 14 juillet 2015 au Bénin, de son union avec un ressortissant français, dont elle s'est séparée après son arrivée régulière en France en décembre 2018. Elle a ensuite conclu un pacte civil de solidarité le 7 décembre 2021 avec un ressortissant soudanais résidant en France de manière régulière en qualité de réfugié. Pour justifier de sa vie commune avec lui, elle produit deux quittances récapitulatives de loyers aux noms du couple pour un logement à Bordeaux, pour les périodes du 15 mai 2020 au 31 décembre 2021 et du 1er février au 31 mai 2023, ainsi qu'un justificatif d'abonnement à un fournisseur d'électricité depuis le 1er août 2022 pour un autre logement, aux deux noms du couple également, situé à Châtellerault, toujours occupé en mai 2023. Il ressort également des pièces du dossier que les trois filles de Mme A ont été inscrites dans un établissement scolaire pour les trois années scolaires de la rentrée 2019 à la sortie des classes en 2023, d'abord à Bordeaux puis à Châtellerault pour l'année scolaire 2022-2023. En outre, la requérante a occupé un emploi familial auprès d'un particulier trente-six heures en octobre 2019, vingt-six heures en novembre 2019, dix-sept heures en décembre 2019 et dix heures en janvier 2020. Toutefois, si Mme A fait valoir que le refus de séjour qui lui a été opposé fait obstacle à ce qu'elle puisse travailler, la plaçant ainsi dans une situation d'extrême précarité, elle ne fait pas état, par les pièces produites et la durée de son séjour en France, de liens suffisamment intenses, stables et anciens sur le territoire, alors qu'elle a vécu plus de trente-six ans au Bénin, où ses filles sont nées et où réside au moins encore sa mère, ni de perspectives d'insertion professionnelle. Par ailleurs, si Mme A soutient que son état de santé nécessite l'obtention d'une carte vitale en vue des explorations médicales qu'il y a lieu de pratiquer pour définir le traitement à mettre en place par la suite, ce que ne permet pas l'aide médicale d'Etat dont elle bénéficie, les prescriptions d'examen dont elle se prévaut sont, en tout état de cause, postérieures à la date de la décision qu'elle attaque, et elle n'a pas sollicité de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par suite, et alors que Mme A s'est soustraite à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre par un arrêté du 22 août 2019, la décision en litige portant refus de titre de séjour n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante au regard des buts poursuivis et n'a ainsi pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. La décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A de ses trois filles, elle ne peut utilement soutenir qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen tiré de cette méconnaissance ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle a présentées à fin d'injonction sous astreinte et sur le fondement des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

G. FAVARD

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