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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300902

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300902

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDOMINGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2300902 le 29 mars 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées les 18 mai, 12 juillet, 10 août, 26 octobre et 12 décembre 2023, ainsi que les 31 janvier et 8 février 2024, M. A C, représenté par Me Domingues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant deux ans et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est illisible ;

- les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et interdiction de retour portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside en France depuis plus de quatre ans, qu'il justifie avoir travaillé sur le territoire français, qu'il maintient sa volonté de travailler et qu'il n'a commis aucune infraction depuis son entrée sur le territoire national.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 12 et 19 décembre 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- M. C a introduit deux recours en annulation contre l'arrêté attaqué ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2023.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2301018 le 11 avril 2023, M. A C, représenté par Me Cianciarullo, demande au tribunal :

1°) d'annuler le même arrêté du 21 mars 2023 que celui visé sous le I ci-dessus ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions refusant son admission exceptionnelle au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu des risques de persécution auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, de la promesse d'embauche dont il est titulaire pour un emploi en France et de sa durée de présence en France ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français contreviennent aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des risques de persécution auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 12 et 19 décembre 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- M. C a introduit deux recours en annulation contre l'arrêté attaqué ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 12 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide présentée par M. C, au motif que l'aide juridictionnelle lui avait déjà été accordée pour sa requête n° 2300902.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Henry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant malien né le 31 décembre 1993, est irrégulièrement entré en France, selon ses déclarations, le 31 août 2018. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 25 octobre 2019, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 février 2020. Il a fait l'objet, le 13 mars 2020, d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas exécutée malgré le rejet, par un jugement du tribunal du 16 juillet 2020 devenu définitif, de la requête qu'il avait introduite contre cette mesure d'éloignement. Il a déposé, le 6 novembre 2020, une demande d'admission exceptionnelle au séjour, qui a été rejetée par le préfet de la Charente-Maritime le 2 décembre suivant. Par un arrêté du 10 décembre 2020, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de trois mois et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant deux ans. Par un premier arrêté du 20 mai 2021, le préfet a de nouveau fait interdiction à M. C de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans. La requête introduite par l'intéressé contre cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal du 7 juillet 2021 devenu définitif. Par un second arrêté du 20 mai 2021, le préfet a placé M. C en rétention, à laquelle il a été mis fin par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du 23 mai 2021. L'intéressé a ensuite déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par l'OFPRA le 16 décembre 2021 et la CNDA le 17 juin 2022, puis a fait l'objet, le 31 mai 2022, d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. Enfin, M. C a présenté une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour le 29 août 2022. Par un arrêté du 21 mars 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Charente-Maritime a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant deux ans et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'en vertu d'un arrêté du préfet de la Charente-Maritime n° 17-2023-03-08-00005 du 8 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs du département le même jour, le secrétaire général de la préfecture disposait d'une délégation lui permettant de signer les décisions attaquées.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est illisible manque en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'article 8 de cette convention dispose : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Si M. C soutient qu'en cas de retour au Mali, il risquerait d'être persécuté en raison de son appartenance ethnique, il n'apporte aucun élément circonstancié au soutien de cette affirmation, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Par ailleurs, M. C est célibataire et sans enfant et ne s'est maintenu en France depuis 2018 que pour les besoins de l'instruction de sa demande d'asile et de ses demandes de titre de séjour, ainsi qu'en méconnaissance de deux obligations de quitter le territoire français prises à son encontre. Dans ces conditions, les seules circonstances invoquées par M. C tenant à l'ancienneté de son séjour sur le territoire national et au fait qu'il travaille ne caractérisent l'existence ni de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de liens personnels en France tels que le refus d'autoriser son séjour et la décision l'obligeant à quitter le territoire porteraient une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, M. B n'est fondé à soutenir ni que le préfet a méconnu l'article L. 435-1 précité, ni que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, ni que les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour contreviennent à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que ces trois décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la même convention.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les deux requêtes de M. C doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées, dans sa seconde requête, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Enfin, en vertu des dispositions du 4° de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'avant-dernier alinéa du décret du 28 décembre 2020, la juridiction saisie d'une requête au titre de laquelle l'aide juridictionnelle a été accordée peut prononcer le retrait du bénéfice de cette aide lorsque la procédure engagée a un caractère dilatoire ou abusif.

8. M. C a introduit contre l'arrêté attaqué deux requêtes distinctes, qu'il a maintenues malgré l'avertissement sur l'existence de deux requêtes que le président de la formation de jugement lui a adressé, dès le 14 avril 2023, dans l'instance n° 2301018. Ces deux requêtes tendent à l'annulation de mesures dont il avait déjà fait précédemment l'objet à plusieurs reprises, certaines ayant été contestées sans succès devant le tribunal, et à l'égard desquelles il n'invoque aucun moyen sérieux. Dans ces circonstances particulières, ces deux requêtes doivent être regardées comme étant dilatoires et abusives. M. C ayant obtenu l'aide juridictionnelle pour sa requête n° 2300902, au demeurant au regard de déclarations mensongères quant à sa situation professionnelle et à ses ressources, il y a lieu de lui retirer le bénéfice de cette aide.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2300902 et 2301018 de M. C sont rejetées.

Article 2 : Dans l'instance n° 2300902, le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. C.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Charente-Maritime et à Me Domingues.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Leloup, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. HENRY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

Nos 2300902 et 2301018

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