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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300946

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300946

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 avril 2023, Mme B A et M. D C, représentés par Me Marion Ledeux, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de La Tremblade du 16 novembre 2021 portant non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société SFR pour l'édification d'un pylône de 36 mètres de hauteur et d'une clôture de 2 mètres de hauteur sur un terrain situé 5, rue du Petit Pont, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'ordonner la suspension du fonctionnement de l'antenne-relais dans le cas où le raccordement de cette antenne serait intervenu, dès la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge des parties défenderesses la somme de 1 250 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir, dès lors que l'antenne, d'une hauteur de 36 mètres et d'un aspect inesthétique, est située à proximité de leur maison d'habitation et émettra des ondes, susceptibles de présenter un danger pour leur santé et celle de leurs enfants ; en outre, sa présence entraînera une dévaluation de la valeur de leur propriété ;

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme a instauré une présomption d'urgence pour les projets d'urbanisme, y compris pour l'installation d'une antenne-relais et que les travaux sont en cours ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision prise à son encontre ;

- en effet, la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- le projet ne pouvait faire l'objet d'une simple déclaration préalable ;

- le projet étant situé, en partie, dans une zone Natura 2000, une évaluation de son incidence sur l'environnement aurait dû être effectuée en application des dispositions de l'article L. 414-4 du code de l'environnement ;

- le projet étant également situé dans des ZNIEF de type 1 et 2 et à proximité d'une zone humide à protéger et d'un secteur naturel protégé en espace remarquable, le pétitionnaire aurait dû obtenir une dérogation au regard des dispositions de l'article L. 411-1 du code de l'environnement ;

- le projet méconnaît les dispositions des articles L. 34-9-1 et L. 43 du code des postes et des communications électroniques ;

- le projet auquel le maire ne s'est pas opposé ne correspond pas au projet qui est en cours de réalisation ;

- le projet méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et R. 111-2 du code de l'urbanisme, ainsi les articles UX 11 et UX 13 du plan local d'urbanisme de La Tremblade ;

Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2023, la commune de La Tremblade, représentée par la SCP KPL avocats, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- en effet, il existe un intérêt public manifeste à permettre la couverture du territoire national et notamment du secteur de la commune de La Tremblade par le réseau de téléphonie mobile de type 5G ; en outre, les travaux de construction sont achevés ;

- il n'existe pas de doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ;

Par un mémoire enregistré le 11 avril 2023, la société anonyme " Société française du radiotéléphone " (SFR), représentée par Me Laurent Bidault, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe pas de doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 avril 2023 sous le numéro 2300945 par laquelle Mme A et M. C demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 12 avril à 15h30 en présence de Mme Gibault, greffier d'audience, M. E a lu son rapport et entendu :

- Me Ledeux, représentant Mme A et M. C, qui reprend l'ensemble de ses moyens ;

- Me Pielberg, représentant la commune de La Tremblade, qui persiste dans ses moyens de défense ;

- Me Bidault, représentant la société SFR, qui reprend ses moyens relatifs au défaut d'intérêt à agir et au défaut d'urgence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Lorsque la suspension d'un permis de construire ou d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré l'autorisation justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies produites, que les travaux de construction autorisés par la décision de non-opposition en litige sont achevés. Par suite, et alors même que les antennes-relais de téléphonie mobile portées par le pylône en litige ne seraient pas encore raccordées au réseau, la condition d'urgence n'est pas remplie. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête, ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de cet article font obstacle aux conclusions de Mme A et M. C dirigées contre la commune de La Tremblade et contre la société SFR qui ne sont pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A et M. C, la somme de 400 euros à verser à la commune de La Tremblade et la somme de 400 euros à verser à la société SFR en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A et M. C est rejetée.

Article 2 : Mme A et M. C verseront à la commune de La Tremblade la somme de 400 euros et à la société SFR la somme de 400 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et M. D C, à la commune de La Tremblade et à la société anonyme " Société française du radiotéléphone ".

Fait à Poitiers, le 17 avril 2023.

Le Juge des référés,

Signé

A. E

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

Signé

G. FAVARD

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