mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP KPL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 avril 2023 et 19 juillet 2023, M. D C et Mme B A, représentés par Me Pilon, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner au maire des Roches-Prémarie-Andillé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de leur communiquer sans délai et sous astreinte de 50 euros par jour de retard :
- l'entier rapport de la société Gantha établi en 2005 ;
- le règlement intérieur régissant la location de la salle des fêtes située à proximité des résidences des requérants ;
- la copie de la pétition adressée à la commune relative aux nuisances sonores générées par la location de la salle des fêtes ;
- l'ensemble des réclamations adressées par les administrés de la commune relatives aux
nuisances liées à la location de cette salle.
2°) de mettre à la charge de la commune des Roches-Prémarie-Andillé une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- par une lettre recommandée en date du 20 septembre 2022 reçue le 23 septembre 2022 par la commune et demeurée sans réponse, ils ont saisi le maire d'une demande de communication de documents administratifs ; par un avis du 12 janvier 2023, la Commission d'accès aux documents administratifs a rendu un avis favorable à leur demande de communication ; toutefois, la commune n'a pas communiqué les documents sollicités ;
- ils subissent d'importantes nuisances en raison de la location de la salle des fêtes communale qui est proche de leur habitation et l'autorité municipale n'a pris aucune mesure pour faire cesser ces troubles alors que d'autres personnes se sont également plaintes ;
- aucune disposition du code des relations entre le public et l'administration ne permet à la commune d'apprécier l'opportunité de la communication de documents administratifs demandés, sauf en cas de demandes abusives, ce qui n'est pas le cas en l'espèce et aucune disposition de ce code ne subordonne la communication à l'absence de prescription quadriennale ;
- en tout état de cause, la prescription quadriennale invoquée en défense par la commune n'est pas atteinte, alors que le fait générateur de leur préjudice, résultant les nuisances sonores dont ils sont victimes, date de l'année 2019.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2023, la commune des Roches-Prémarie-Andillé, représentée par la SCP KPL avocats, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les documents demandés sont tous datés de l'année 2005 ;
- en ce qui concerne la responsabilité pour faute d'une collectivité, le délai de prescription prévu par la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances publiques, court à compter du début de l'exercice qui suit celui où est apparu le dommage ;
- ainsi, toute demande de dommages et intérêts pour carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative résultant de nuisances apparues en 2005 est prescrite ;
- par suite, la communication demandée ne présente pas un caractère utile.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'il peut en particulier ordonner, lorsque les conditions posées par l'article L. 521-3 sont réunies, la communication de documents administratifs sans qu'il soit besoin que le requérant ait au préalable saisi la Commission d'accès aux documents administratifs, les pouvoirs qu'il tient de ces dispositions ne peuvent le conduire à faire obstacle à l'exécution de la décision, explicite ou implicite, par laquelle l'autorité administrative a rejeté la demande de communication de documents qui lui a été présentée.
2. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre recommandée avec avis de réception en date du 20 septembre 2022 dont la commune a accusé réception le 23 septembre 2022, plusieurs habitants, dont M. C, ont demandé au maire des Roches-Prémarie-Andillé la communication de documents administratifs, sur le fondement des dispositions des articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et, plus précisément, de " l'entier rapport de la société Gantha établi en 2005 ", du " règlement intérieur régissant la location de la salle des fêtes située à proximité de [leur] résidence ", d'une " copie de la pétition adressée à la commune relative aux nuisances sonores générées par la location de la salle des fêtes " et de " l'ensemble des réclamations adressées par [les] administrés concernant les nuisances liées à la location de cette salle des fêtes ". Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le maire sur cette demande. La demande des requérants ne peut, par suite, qu'être rejetée, dès lors que le juge des référés ne peut faire obstacle à la décision de refus opposée par le maire de la commune des Roches-Prémarie-Andillé.
Sur les frais liés au litige :
3. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la commune des Roches-Prémarie-Andillé, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. C et Mme A une somme au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C et Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune des Roches-Prémarie-Andillé en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, premier dénommé, et à la commune des Roches-Prémarie-Andillé.
Fait à Poitiers, le 12 juin 2024.
Le juge des référés,
A. E
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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