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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301007

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301007

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantSELARL LEX PUBLICA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, M. A B, représenté par Me Boucher, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 9 mars 2023 du ministre de l'intérieur tendant à la rectification des mentions figurant sur son relevé d'information intégral et notamment la suppression de l'infraction du 9 juillet 2017 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de supprimer les mentions de cette infraction et du jugement correspondant et de lui restituer son permis de conduire ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 134,11 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison du placement de son véhicule en fourrière ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait, dans la mesure où il n'a pas commis l'infraction mentionnée sur son relevé d'information intégral ;

- cette décision illégale lui a causé un préjudice, dans la mesure où son véhicule a été placé en fourrière suite à ces mentions erronées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer partiel et à l'incompétence de la juridiction administrative.

Il soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation car la mention litigieuse a été supprimée du dossier du requérant et que celle-ci ne donne plus lieu à retrait de point, et que la juridiction administrative n'est pas compétente pour se prononcer sur les conclusions indemnitaires présentées.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. Mme C. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1.Le 30 août 2022, M. B a fait l'objet d'un contrôle routier. En raison de son inscription au registre des permis ayant fait l'objet d'une annulation judiciaire, son permis de conduire lui a été retiré et son véhicule a été mis en fourrière. Par courrier du 9 janvier 2023, M. B a demandé la suppression des mentions relatives à une infraction commise le 9 juillet 2017 et au jugement correspondant en date du 8 décembre 2017, ainsi que l'indemnisation du préjudice qu'il a subi. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet du ministre de l'intérieur.

Sur les conclusions à fin d'annulation

Sur l'exception de non-lieu

2. Il résulte des écritures du ministre de l'intérieur et du relevé d'information intégral du 2 février 2024 que la mention relative à l'infraction commise le 9 juillet 2017 et le jugement correspondant du 8 décembre 2017 ont été supprimées du dossier de M. B, et que son permis de conduire dispose d'un solde positif de 12 points à la date d'édition du relevé. Par suite, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant retiré sa décision implicite du 9 mars 2023. Par suite, les conclusions par lesquelles M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet du 9 mars 223 du ministre de l'intérieur tendant à la rectification des mentions figurant sur son relevé d'information intégral à la suppression de l'infraction du 9 juillet 2017 sont sans objet.

3. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sont devenues sans objet.

Sur les conclusions indemnitaires

Sur l'exception d'incompétence

4. Le ministre de l'intérieur soutient que la juridiction administrative est incompétente pour connaitre des conclusions indemnitaires de M. B, celles-ci étant relatives à une décision de mise en fourrière, laquelle ne ressortit pas à la compétence de la juridiction administrative.

5. La mise en fourrière d'un véhicule constitue une opération de police judiciaire, et l'autorité judiciaire est dès lors seule compétente pour connaître d'éventuelles actions en responsabilité fondées sur les irrégularités donc serait entachées la mise en fourrière. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B demande l'engagement de la responsabilité de l'Etat non pas sur le fondement d'irrégularités dans la mise en fourrière, mais en raison des préjudices qu'il a subis du fait de l'erreur commise par l'administration dans la tenue de son relevé d'information intégral, qui relève de la compétence du juge administratif.

6. Il en résulte que l'exception d'incompétence soulevée en défense doit être écartée.

Sur la responsabilité et le préjudice

7. M. B recherche l'engagement de la responsabilité de l'Etat en raison de la faute commise par le ministre de l'intérieur, qui a conduit à lui retirer illégalement son permis de conduire et à placer son véhicule en fourrière.

8. Si le ministre de l'intérieur soutient que le requérant ne démontre pas l'existence de la faute qu'il invoque, il est constant que le ministre de l'intérieur a fait droit à la demande du requérant de supprimer les mentions litigieuses de son relevé d'information intégral et lui a restitué l'intégralité de ses points. En outre, le ministre ne conteste pas sérieusement qu'une erreur aurait été commise lors de l'inscription d'une condamnation au relevé d'information intégral du requérant. Dans ces conditions, l'inscription au relevé d'information intégral du requérant d'une condamnation inexistante constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

9. M. B demande l'indemnisation du préjudice subi en raison de la mise en fourrière de son véhicule consécutivement à la décision attaquée. Si le ministre soutient en défense que le lien de causalité n'est pas établi, il résulte de l'instruction que la mise en fourrière du véhicule de M. B date du 30 août 2022, soit le jour de l'infraction selon le courrier du major de police Rossignol. Il résulte également de l'instruction que la mise en fourrière de la voiture de M. B a été ordonnée en raison de la mention erronée de la perte de son permis par ce dernier. Le lien de causalité doit donc être regardé comme étant établi.

10 Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'indemnisation de son préjudice relatif aux frais de fourrière qu'il a dû payer. Au regard de la facture fournie, ce préjudice s'élève à un montant de 134,11 euros.

Sur les frais liés au litige

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à M. B, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du 9 mars 2023 et sur les conclusions à fin d'injonction.

Article 2 : l'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 134,11 euros en réparation du préjudice subi.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

J. CLa greffière,

Signé

N COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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