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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301074

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301074

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantASSOCIATION D'AVOCATS CIANCIARULLO-GARGADENNEC (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2023, M. C B, représenté par Me Cianciarullo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour pour raisons médicales l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a produit des pièces enregistrées le 28 avril 2023 ainsi qu'un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 7 juin 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que le moyen invoqué est infondé.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Bureau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 10 janvier 1990, est entré en France le 22 octobre 2017 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 11 avril 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 octobre 2019. Il a ensuite bénéficié de plusieurs titres de séjour pour raisons de santé valables du 27 mars 2020 au 26 mars 2022. Il a sollicité, le 31 janvier 2022, le renouvellement de son titre de séjour auprès des services de la préfecture de la Charente-Maritime. Par un arrêté du 24 mars 2023, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. Le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'OFII. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'une hépatite B chronique, pour laquelle il suit un traitement en France depuis mars 2018. Dans son avis du 11 avril 2022, le collège de médecins de l'OFII a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Guinée, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et, qu'en outre, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.

5. Pour contester cet avis, M. B souligne qu'un arrêt, même provisoire, de son traitement serait délétère et qu'il ne pourra pas bénéficier en Guinée du suivi tous les six mois que son état de santé requiert. Toutefois, le requérant se borne à produire pour l'essentiel des certificats médicaux du même médecin en date des 7 novembre 2019 et 5 avril 2023, ainsi que de nombreux courriers, qui attestent qu'il doit prendre son traitement à vie. Si le requérant ne peut escompter un niveau de soins équivalent à celui dont il bénéficie en France, ces éléments ne permettent pas d'établir que M. B ne serait pas en mesure de bénéficier effectivement d'un traitement adapté à ses pathologies en République de Guinée ainsi que l'a estimé le collège de médecins de l'OFII. En outre, l'OFII a produit au débat la fiche dite Medcoi, émanant du bureau européen d'appui en matière d'asile, relative à ce pays, indiquant que l'ensemble des molécules prescrites au requérant y sont disponibles et qu'il existe des structures hospitalières adaptées à sa prise en charge. Par suite, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. () ".

7. M. B soutient qu'il bénéficie d'un suivi médical en France, qu'il travaille, qu'il est marié avec Mme A, avec qui il a eu un enfant né le 19 octobre 2022. Toutefois, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B pourra bénéficier d'une prise en charge adaptée à sa pathologie en République de Guinée. Son engagement depuis le 15 juin 2022 au sein d'une entreprise de nettoyage n'est pas suffisant pour caractériser une insertion dans la société française. Si M. B se prévaut de la présence en France de son épouse et de leur enfant, de nationalité guinéenne, il ressort des pièces du dossier que son épouse a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de la Charente-Maritime le 24 mars 2023, confirmée par le tribunal de céans le 12 mai 2023, et que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, où le requérant a vécu plus de 27 ans et où l'enfant du couple pourra poursuivre sa scolarité, et s'insérer au regard de son jeune âge. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

8. Il résulte de tout de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Charente-Maritime, ainsi qu'à Me Cianciarullo.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. BUREAU

Le président,

Signé

A. JARRIGE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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