jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301076 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ONDONGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 avril 2023, M. B A, représenté par Me Ondongo, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 12 avril 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler la décision du 12 avril 2023 par laquelle le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne pour une durée de cent quatre-vingts jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée en raison de la contradiction des motifs qu'elle comporte ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, alors qu'il remplit les conditions posées par le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour se voir délivrer un titre de plein droit ;
- elle est entachée d'une erreur de fait concernant sa date d'entrée en France, qui ne peut être le 12 janvier 2020 alors qu'il bénéficiait à cette date d'un certificat de résidence algérien en cours de validité, et qu'il est entré en France le 4 janvier 2004 ;
- elle procède d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, familiale et professionnelle, alors qu'il justifie de sa présence en France depuis dix-neuf ans et de revenus suffisants ;
- le seul motif de refus de séjour, fondé sur la menace à l'ordre public, n'est pas établi dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation au titre des faits reprochés, dont il conteste d'ailleurs la matérialité ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en raison de la contradiction des motifs qu'elle comporte ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée en en raison de la contradiction des motifs qu'elle comporte ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait dès lors qu'il a justifié être titulaire d'un passeport algérien en cours de validité, disposer d'un domicile et d'un emploi stables ;
- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle repose sur des motifs de fait erronés et comporte une contradiction de motifs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles et ses avenants ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry ;
- et les observations de Me Ondongo.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 15 mai 1947, déclare être entré en France le 13 janvier 2004. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 19 mai 2016. Il s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien valable du 9 décembre 2019 au 8 décembre 2020, renouvelé à deux reprises pour la période du 9 décembre 2020 au 7 décembre 2022. Sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien " vie privée familiale - liens personnels et familiaux " a été réceptionnée par la préfecture le 2 mars 2023. Par des décisions du 7 mars 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination, lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de cent quatre-vingts jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023. Par suite, les conclusions qu'il a présentées tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux étrangers disposant de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser leur séjour porterait à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.
5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A, le préfet de la Vienne s'est fondé, d'une part, sur la menace à l'ordre public qu'il constituerait en raison de son interpellation par les services de police pour des faits de tentative de viol, et, d'autre part, sur le caractère insuffisant de l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens familiaux en France ainsi que l'insuffisance de ses moyens d'existence. Toutefois, à l'appui de sa demande de renouvellement de certificat de résidence, M. A avait fourni une copie de ses trois précédents certificats de résidence, du contrat de travail à durée indéterminée qu'il a conclu depuis le 1er juillet 2013, de ses bulletins de salaire des mois de décembre 2022 à février 2023 et des attestations de nombreux membres de sa famille, dont ses fils et des neveux et nièces, tendant à démontrer qu'il remplissait les conditions prévues par le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne était tenu de saisir de son cas la commission du titre de séjour sans que puisse y faire obstacle la circonstance, à la supposer établie, en l'absence de condamnation pénale, que sa présence constituerait une menace à l'ordre public. Faute d'avoir été précédé de cette consultation, le refus de certificat de résidence opposé à M. A le 7 mars 2023 est intervenu au terme d'une procédure irrégulière et est, ainsi, entaché d'illégalité.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 7 mars 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du 7 mars 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, lui interdisant le retour sur le territoire français et l'assignant à résidence pour une durée de cent quatre-vingts jours, doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas la délivrance d'un certificat de résidence, mais seulement que le préfet de la Vienne statue à nouveau sur la demande de certificat de résidence de M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Vienne ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation administrative en prenant une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ondongo, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ondongo de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les décisions du 7 mars 2023 du préfet de la Vienne sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Vienne ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A en prenant une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera à Me Ondongo une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ondongo renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Vienne et à Me Ondongo.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLELa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026