mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301087 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | PELEKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 avril 2023, M. A B, représenté par Me Peleka, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les deux arrêtés en date du 14 avril 2023 par lequel le préfet de la Vienne, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne pour une durée de 180 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence ;
- ils ne sont pas suffisamment motivés ;
- ils méconnaissent les dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ils violent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ils sont entachés d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
Le préfet de la Vienne a produit le 14 mai 2024 un mémoire de production de pièces.
Un mémoire présenté par M. B a été enregistré le 20 mai 2024, après la clôture automatique de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 27 juin 1995, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement sur le territoire français en 2016 et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, en dépit de deux mesures d'éloignement des 9 novembre 2020 et 30 mai 2022, auxquelles il s'est soustrait. Il a été interpellé par les services de police et placé en garde à vue le 13 avril 2023 pour des faits de menaces et de violence psychologique. Par un premier arrêté en date du 14 avril 2023, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 180 jours. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dès lors que, comme il est dit ci-dessous, l'action du requérant est manifestement mal fondée et, qu'en outre, elle apparaît abusive en raison, notamment, du nombre de ses demandes et de leur caractère répétitif, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les moyens communs aux deux arrêtés attaqués :
3. En premier lieu, par un arrêté 2022-SG-DCPPAT-020 en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le 13 juillet suivant, le préfet de la Vienne a donné délégation à la secrétaire générale de la préfecture, pour signer notamment les actes relevant de la police des étrangers. En cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, l'article 6 de cet arrêté dispose que la délégation de signature qui lui est consentie est exercée par la directrice de cabinet du préfet de la Vienne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachés les arrêtés contestés manque en fait.
4. En deuxième lieu, les arrêtés contestés visent les textes sur lesquels s'est fondé le préfet de la Vienne et, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ainsi que les dispositions du 1° et du 5° de l'article L. 611-1 et celles des articles L. 612-2, L. 612-6 et L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté d'éloignement expose la situation administrative, personnelle et familiale de M. B ainsi que les motifs pour lesquels celui-ci doit être éloigné sans délai du territoire et faire l'objet d'une interdiction de retour de deux ans, en particulier, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, que son comportement représente une menace pour l'ordre public et qu'il s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement. S'agissant de l'interdiction de retour, le préfet rappelle que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai et indique, notamment, qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. La décision d'assignation à résidence rappelle également l'existence de l'obligation de quitter le territoire sans délai et mentionne, notamment, l'impossibilité de regagner son pays d'origine dans la mesure où le passeport de l'intéressé est expiré et qu'il doit dès lors obtenir un laisser-passer consulaire auprès des autorités marocaines. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions ne peut qu'être écarté ;
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire en application du présent livre se voit délivrer un titre de séjour dans les conditions et selon les modalités prévues au chapitre IV du titre II du livre IV. ".
6. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué, que M. B aurait obtenu le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions.
7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des mentions non contestées des deux arrêtés que M. B, qui s'est séparé de son épouse et qui est désormais célibataire et sans enfant, ne justifie pas entretenir en France d'autres liens personnels ou familiaux. Il est sans emploi et ne justifie d'aucune ressource. Il est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est ensuite maintenu tout aussi irrégulièrement. Il s'est soustrait aux deux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Il ne conteste pas son interpellation par les services de police de Châtellerault, ni son placement en garde à vue le 13 avril 2023 pour des faits de menaces et violence psychologique. Dans ces conditions, et alors même qu'il résiderait en France depuis 2016, le préfet de la Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris les arrêtés attaqués et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet ne s'est pas davantage livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences des deux arrêtés contestés sur la vie personnelle et familiale de l'intéressé.
9. En dernier lieu, M. B, qui n'établit pas, ni même n'allègue, être exposé à des risques particuliers en cas de retour dans son pays d'origine, n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. B est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
Le président rapporteur,
Signé
L. CAMPOY
L'assesseur le plus ancien,
Signé
B. HENRY
La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
N°2301087
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026