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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301120

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301120

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 avril 2023 et le 15 mai 2023, M. B A, représenté par Me Hay, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 9 mars 2023 par lequel la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne ses liens privés et familiaux sur le territoire français dès lors qu'il apporte la preuve qu'il réside en France depuis, à tout le moins, l'année 2014, qu'il vit depuis quatre ans avec sa partenaire de pacte civil de solidarité, qu'il participe nécessairement à l'entretien et à l'éducation des enfants de sa compagne et qu'il a fait des formations, s'est présenté à des entretiens d'embauche et a continué ses activités bénévoles ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sur laquelle elle se fonde ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2023 du président de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Poitiers.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant comorien né le 4 mars 1985, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français en 2013. Il a fait l'objet, les 10 septembre 2018 et 9 juin 2020, de deux premiers refus de titre de séjour, accompagnés de deux mesures d'éloignement successives auxquelles il s'est soustrait. Le 2 août 2021, il a sollicité de la préfète des Deux-Sèvres la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a, à ce titre, été placé sous récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler du 8 avril 2022 au 30 novembre 2022. Par un arrêté en date du 9 mars 2023, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2023. Sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est, par suite, devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance du titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Si M. A prétend résider sur le territoire français depuis 2013, les pièces produites, à savoir, une demande de souscription de livret A en date du 22 septembre 2014, une feuille de soins datée du 10 septembre 2014 et une carte d'admission à l'aide médicale d'Etat pour la période du 11 février 2015 au 10 février 2016, ne témoignent, dans le meilleur des cas, que d'une présence ponctuelle sur le territoire aux dates et périodes concernées. De la même manière, ses déclarations de ses revenus des années 2015 à 2016, qui ne mentionnent d'ailleurs aucune ressource, résultent de ses propres déclarations aux services fiscaux et ne sont pas, par suite, à elles seules de nature à prouver sa présence en France durant ces mêmes années. Sa présence en France de 2017 à 2022, année au cours de laquelle il a finalement été placé sous récépissé de demande de titre de séjour, résulte uniquement de son refus d'exécuter les deux mesures d'éloignement successives dont il a fait l'objet les 10 septembre 2018 et 9 juin 2020. Si M. A soutient qu'il vit en France avec sa partenaire de pacte civil de solidarité (PACS), titulaire d'une carte de résident depuis le 1er février 2019, et les enfants de cette dernière, nés d'un premier lit, il ressort des pièces du dossier que sa communauté de vie est récente, l'ensemble des justificatifs fournis par l'intéressé n'établissant une telle communauté de vie que pour les années 2020 à 2022. Au surplus, il ressort d'une attestation établie le 5 février 2024, fournie par M. A lui-même, que celui-ci est hébergé, depuis le 12 novembre 2023, au domicile d'un autre ressortissant comorien et non plus chez sa partenaire de PACS, dont il n'est pas contesté qu'elle continue de résider à la même adresse qu'auparavant. M. A ne justifie pas non plus d'une insertion sociale et professionnelle stable sur le territoire. En particulier, et comme il a été dit plus haut, ses avis d'imposition ne mentionnent aucun revenu. En outre, l'intéressé, qui a pourtant été mis en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler du 8 avril 2022 jusqu'au 2 avril 2023, ne justifie que d'un bulletin de salaire pour la période du 16 au 22 août 2022 et d'un contrat à durée déterminée valable du 5 au 23 décembre 2022. Si l'intéressé fait état de formations et d'entretiens d'embauche, il ne justifie, à l'exception d'un seul entretien initial de diagnostic et d'orientation du 3 avril 2023, que d'invitations à des réunions ou des ateliers prévus à l'initiative de Pôle Emploi, sans établir qu'il y aurait effectivement participé. Enfin, M. A ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où, selon les mentions de son passeport, il dispose encore d'un domicile. Ainsi, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, la préfète n'a méconnu ni les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne s'est pas davantage livrée à une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la vie personnelle et familiale de l'intéressé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. A n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

6. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le président rapporteur,

Signé

L. CAMPOY

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. HENRY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

N°2301120

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