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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301125

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301125

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2023, M. A B, représenté par la SCP Breillat, Dieumegard, Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors que la préfecture n'a pas saisi la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) avant de se prononcer sur la demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru lié par le défaut de visa de long séjour ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la situation de l'emploi ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Boutet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 8 avril 1988, est entré en France le 30 décembre 2014 muni d'un visa de court séjour. Le 18 octobre 2021, il a déposé une demande de titre de séjour en tant que salarié, travailleur temporaire et entrepreneur. Par arrêté du 24 mars 2023, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :

2. Par un arrêté 2022-SG-DCPPAT-020 en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le 13 juillet 2022, le préfet de la Vienne a donné délégation à Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, pour signer notamment les actes relevant de la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions des articles 5, 7 c), 9 et 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que l'article R. 5221-20 du code du travail, sur lesquels est fondée la décision de refus de titre de séjour. Il relève d'une part que si M. B se prévaut d'un extrait d'immatriculation au répertoire des métiers de l'artisanat, il ne justifie pas d'un visa de long séjour. D'autre part, il mentionne que si l'intéressé se prévaut de contrats de mission en qualité de peintre et manœuvre conclus avec plusieurs agences d'intérim en 2021, 2022 et 2023, il n'établit pas qu'une autorisation lui aurait été accordée pour cette activité, ni que les missions qui ont été accomplies ont fait l'objet d'une offre d'emploi auprès de Pôle emploi. Dès lors que M. B a formulé sa demande de titre de séjour en tant que travailleur indépendant et salarié, le préfet n'avait pas à motiver la décision de refus de titre sur le terrain de sa vie privée et familiale. La décision de refus de titre de séjour est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : () / b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ;/ c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles (), 7, (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ". Il résulte de ces stipulations qu'un certificat de résidence portant la mention " salarié " ne peut être délivré à un ressortissant algérien que s'il justifie présenter un contrat de travail visé par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), ou une autorisation de travail ainsi qu'un visa de long séjour.

5. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail () 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : 1° S'agissant de l'emploi proposé : a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; () ".

6. D'une part, le préfet pouvait pour le seul motif non contesté tiré du défaut de visa de long séjour refuser la demande de titre de séjour formulée par M. B sur le fondement des dispositions des b) et c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif. La circonstance que le préfet aurait pris la décision de refus de titre de séjour en litige sans avoir au préalable saisi la DREETS ou qu'il aurait mal évalué la situation de l'emploi est en conséquence sans incidence sur la légalité de cette décision.

7. D'autre part, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Vienne se serait cru en situation de compétence liée par l'absence de visa de long séjour pour refuser la demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement du b) et du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et qu'il aurait renoncé à l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour régulariser sa situation. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par suite être écarté.

8. Enfin, si le requérant se prévaut d'une activité régulière auprès de plusieurs agences d'intérim en qualité de peintre, de sa durée de présence en France depuis 2014 et de la création de son activité personnelle en 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Vienne a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en tant que travailleur.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait s'en prévaloir pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de cette décision.

10. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel est fondée la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne les conditions d'entrée en France de M. B le 30 décembre 2014, la circonstance que l'intéressé est célibataire et sans enfant et que s'il déclare que son père et un de ses frères résident en France, rien ne s'oppose à ce qu'il reconstitue une vie normale en Algérie où il a vécu plus de vingt-cinq ans et où résident sa mère, deux de ses frères et une sœur. La décision portant obligation de quitter le territoire français est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté, de même que celui tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de M. B qui est suffisamment décrite.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. B invoque sa durée de présence en France depuis huit ans, sa proximité avec son père et son frère qui résident en France de manière régulière ainsi que sa vie de couple depuis deux ans avec une ressortissante marocaine. Les éléments qu'il produit ne permettent toutefois pas d'établir l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses relations en France, alors d'une part qu'il ne justifie pas de la situation régulière en France de sa compagne avec laquelle il n'établit mener une vie commune que depuis le mois de mars 2023 et, d'autre part, qu'il ne conteste pas qu'une autre partie de sa famille, notamment sa mère et d'autres frères et sœurs, résident en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'intégration professionnelle de l'intéressé qui justifie de contrats d'intérimaire en tant que peintre et manœuvre en 2021, 2022 et janvier 2023 et avoir déclaré une activité d'autoentrepreneur depuis février 2021, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de la l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait s'en prévaloir pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation de cette décision.

14. En second lieu, l'arrêté en litige vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue le fondement de la décision fixant le pays de destination, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de renvoi est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 mars 2023 présentées par M. B doivent être rejetées, y compris par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Vienne et à la SCP Breillat, Dieumegard, Masson.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Boutet, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. JARRIGE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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