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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301149

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301149

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de Mme B A, qui contestait le refus du préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un permis de pêche à pied professionnel. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la décision ayant été signée par une autorité bénéficiant d'une délégation régulière. Il a également jugé que l'administration n'était pas tenue de solliciter d'office les données d'affiliation sociale auprès de la MSA ou de l'ENIM, car la procédure d'échange prévue par les articles L. 113-12 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas en l'espèce. En conséquence, le refus fondé sur le défaut de justification de l'affiliation à un régime de protection sociale, exigée par l'article R. 921-69 du code rural et de la pêche maritime, n'est pas entaché d'erreur d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Jarry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2023 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui accorder un permis de pêche à pied à titre professionnel ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 160 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité compétente ;

- le préfet de la Charente-Maritime disposait des données relatives à son affiliation à un régime de protection sociale ou pouvait les obtenir directement auprès de la mutualité sociale agricole (MSA), de sorte qu'en application des dispositions de l'article L. 113-12 du code des relations entre le public et l'administration, elle ne pouvait être regardée comme tenue de produire ces informations ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bureau,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 12 avril 2023, le préfet de la Charente-Maritime a rejeté la demande de Mme A tendant à la délivrance d'un permis de pêche à pied à titre professionnel au motif de la non-justification de son affiliation à un régime de protection sociale correspondant à son activité. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 921-68 du code rural et de la pèche maritime : " L'exercice de la pêche maritime à pied professionnelle est soumis : 1° A la détention d'un permis de pêche national, délivré, pour une durée de douze mois, par le préfet du département dans lequel le demandeur envisage de pratiquer principalement son activité ; () ".

3. La décision attaquée a été signée, pour le préfet de la Charente-Maritime, par Mme C, cheffe du service des activités maritimes, qui a reçu délégation du directeur départemental des territoires et de la mer de la Charente-Maritime, par une décision du 3 octobre 2022 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs, pour signer tous les décisions ou documents concernant la " Délivrance pour une durée de douze mois, renouvellement ou suspension, des permis de pêche maritime à pied à titre professionnel ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 113-12 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne présentant une demande ou produisant une déclaration à une administration ne peut être tenue de produire des informations ou des données que celle-ci détient ou qu'elle peut obtenir directement auprès d'une administration participant au système d'échange de données défini à l'article L. 114-8 ". Aux termes de l'article L. 114-8 du même code : " I. - Les administrations échangent entre elles toutes les informations ou les données strictement nécessaires pour traiter une demande présentée par le public ou une déclaration transmise par celui-ci en application d'une disposition législative ou d'un acte réglementaire. () ". Aux termes de l'article L. 114-9 de ce code : " Les échanges d'informations ou de données entre administrations prévues à l'article L. 114-8 s'effectuent selon des modalités prévues par décret en Conseil d'Etat, pris après avis motivé et publié de la Commission nationale de l'informatique et des libertés. / Ce décret détermine : 1° Les domaines et les procédures concernés par les échanges d'informations ou de données () ". Aux termes de l'article R. 114-9-4 de ce code : " Les demandes formulées sur le fondement de l'article R. 114-9-3 concernent les procédures qui interviennent dans les domaines suivants : () 3° Emploi, chômage, formation, santé et sécurité au travail, rupture contractuelle des relations de travail ; () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 921-69 du code rural et de la pèche maritime : " La personne qui sollicite pour la première fois un permis de pêche maritime à pied professionnelle doit satisfaire aux conditions suivantes : () 2° Justifier de son affiliation à un régime de protection sociale correspondant à son activité ; () ". Aux termes de l'article R. 921-72 du même code : " Pour bénéficier du renouvellement de son permis de pêche maritime à pied professionnelle, le titulaire doit : 1° Remplir les conditions prévues aux articles R. 921-69 et R. 921-70, à l'exception de l'obligation de fournir la description de son projet professionnel si celui-ci n'a pas changé et de justifier de sa capacité professionnelle s'il a obtenu son premier permis avant le 1er janvier 2011 ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le service instructeur de la direction départementale des territoires et de la mer de la Charente-Maritime a interrogé par courriels le 2 février 2023 la MSA et le 8 mars 2023 l'Etablissement national des invalides de la marine (ENIM), établissement public qui gère le régime social de sécurité sociale des marins et pêcheurs, sur l'existence d'une affiliation de Mme A à un régime social. Ce n'est que le 24 mars 2023, et suite au silence de ces organismes sociaux, que le même service instructeur a sollicité Mme A afin de communiquer un document d'affiliation. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 113-12 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En troisième lieu, si la requérante soutient qu'elle a communiqué par courriel du 7 mars 2023 son attestation d'affiliation à la MSA, il ressort des pièces du dossier que par un courriel du 24 mars 2023, l'ENIM a informé l'administration qu'elle avait refusé l'affiliation de Mme A. Il ressort également des pièces du dossier que par un courriel du 29 mars 2023, la MSA a informé l'administration que la société de Mme A était en cours de liquidation judiciaire, avec interdiction d'exercer son activité en qualité de travailleur indépendant, et qu'à ce titre elle n'avait pas procédé à une nouvelle affiliation, ni délivré une attestation d'affiliation provisoire. En outre, par un courrier du 21 août 2023, postérieur à la décision attaquée, la MSA a précisé que suite à une erreur de ses services, Mme A a pu obtenir une attestation provisoire le 7 mars 2023 qui " n'a pas lieu d'être et qui ne doit pas être prise en compte ". Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 avril 2023 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui accorder un permis de pêche à pied à titre professionnel.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. BUREAU

Le président,

Signé

A. JARRIGE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

G. FAVARD

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