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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301290

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301290

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers 96/144 heures
Avocat requérantLESAICHERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, M. A B, représenté par Me Lesaicherre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en l'absence de départ volontaire et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme à fixer en équité par le tribunal sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- il est entachée d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'erreurs de fait en ce qui concerne sa nationalité, sa situation familiale et ses antécédents judiciaires, et en tant qu'il comporte une confusion avec un ressortissant marocain ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne l'existence d'une menace pour l'ordre public ;

- il viole les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3, paragraphe 1er, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné est erronée, en ce que le Maroc, dont il n'a pas la nationalité, est désigné comme pays de destination.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour exercer les fonctions prévues par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Lesaicherre, représentant M. B, présent, qui maintient ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 9 juin 1978, est entré en France, selon ses déclarations, en 2020. Le 1er août 2022, il a déposé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de la Vienne. Par deux arrêtés du 9 mai 2023, le préfet de la Vienne, d'une part, a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à défaut de départ volontaire et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de cent quatre-vingt jours sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de retour et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Par un arrêté du 12 juillet 2023, notifié le jour-même, ce même préfet a abrogé l'arrêté du 9 mai 2023 portant assignation à résidence pour une durée de cent quatre-vingt jours et a assigné M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est () assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".

4. En application des dispositions précitées, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et assignant le requérant à résidence. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus ou retrait de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. B, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui leur sont accessoires.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration pour les conclusions aux fins d'annulation restant en litige :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. (). ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " () II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du même code. " et aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. ". L'article R. 421 5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet de la Vienne du 9 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai a été notifié à M. B le même jour à 16h50 et que la notification de cet arrêté comporte l'indication des voies et délais de recours ouverts contre cet arrêté, en particulier l'indication selon laquelle le recours aux fins d'annulation devant la juridiction administrative doit être exercé dans un délai de quarante-huit heures. La requête tendant à l'annulation de cet arrêté n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif que le 11 mai 2022 à 16h56, soit six minutes après l'expiration du délai de quarante-huit heures fixé par les dispositions précitées pour exercer le recours contentieux, qui n'est susceptible d'aucune prorogation en vertu du II de l'article R. 776-5 du code de justice administrative. Dans ces conditions, la présente requête est tardive, et ne saurait être régularisée. Par suite, les conclusions présentées par M. B aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Dès lors que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans ont été rejetées, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, en tant qu'elles se rapportent à ces conclusions, doivent être, elles aussi, rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : Les conclusions de M. B dirigées contre la décision du 9 mai 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui s'y rattachent, sont renvoyées à une formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le magistrat désigné,La greffière d'audience,

SignéSigné

M. C D

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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