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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301351

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301351

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers 96/144 heures
Avocat requérantDURAND-LOUVEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2023, M. C B, représenté par Me Durand-Louveau, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 17 mai 2023 par lesquels le préfet de la Vienne, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, dans l'attente de la décision à venir de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au le préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et n'a pas fait l'objet d'un examen particulier de sa situation par le préfet ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'entend pas se soustraire à la décision et qu'il dispose de suffisamment de garanties ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- son état de santé justifie la suspension de l'obligation de quitter le territoire sur le fondement de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- il est fondé à soulever l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision d'assignation à résidence ;

- cette décision est insuffisamment motivée et n'a pas fait l'objet d'un examen particulier de sa situation par le préfet ;

- les modalités de l'assignation sont disproportionnées compte tenu de son état de santé.

La requête a été communiquée au préfet de la Vienne qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Durand-Louveau, représentant le requérant qui maintient ses conclusions et moyens.

Un mémoire présenté par le préfet de la Vienne a été enregistré le 23 mai 2023 à 14h18, postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue à l'issue de l'audience, le 23 mai 2023 à 14h15.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant géorgien né le 25 juillet 1991, est entré en France en 2022 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 février 2023. Le 16 mai 2023, M. B a été interpellé par les services de police et placé en garde à vue pour des faits de vol. Par deux arrêtés du 17 mai 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Vienne, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'avis émis le 28 février 2023, par le médecin de l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII) que M. B a informé l'administration de ses problèmes de santé, de leur gravité et de la nécessité d'une prise en charge spécialisée. En conséquence, il appartenait à l'autorité administrative, informée de l'état de santé de M. B, qui indique, sans être contredit, qu'il en a fait état lors de son audition par les services de police le 16 mai 2023, de s'assurer qu'il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au regard de son état de santé. Ainsi, en prenant l'obligation de quitter le territoire sans mentionner d'éléments médicaux, et en tout état de cause, en s'abstenant de solliciter l'avis du collège des médecins de l'OFII, le préfet de la Vienne a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, de sorte que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour ce seul motif.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 17 mai 2023 par laquelle la préfète de la Vienne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'assignant à résidence pendant quarante-cinq jours

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée,

() l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité

administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français faite à M. B implique, en application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 512-4 du code de

l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de procéder au réexamen de sa situation et,

dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour. L'annulation de l'interdiction de retour implique qu'il soit mis fin à son signalement au sein du système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Vienne de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de munir M. B d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a également lieu d'enjoindre à la même autorité de prendre toute mesure pour qu'il soit mis fin au signalement de M. B au sein du système d'information Schengen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce,

d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Durand-Louveau d'une somme de 900 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Vienne du 17 mai 2023 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de statuer à nouveau sur le cas de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement après l'avoir muni, pendant le temps du réexamen de sa situation, d'une autorisation provisoire de séjour, et de prendre toute mesure pour qu'il soit mis fin au signalement de M. B au sein du système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 900 euros à Me Durand-Louveau au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet de la Vienne et à Me Durand-Louveau.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 23 mai 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. A

La République mande et ordonne à la préfète de la Vienne, en ce qui la concerne ou à tous

huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties

privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

G. FAVARD

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