LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301352

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301352

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301352
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDESROCHES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2023, M. A C, représenté par Me Desroches, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 avril 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, le tout dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour méconnait l'article 47 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ; la procédure à l'issue de laquelle elle a été adoptée méconnaît l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'est pas justifié que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) aurait rendu un avis, ni que le médecin instructeur à l'origine du rapport médical transmis à l'OFII n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a rendu l'avis transmis au préfet ; le refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivé ; il est illégal en l'absence d'un examen particulier de sa situation par le préfet ; il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne l'existence d'une menace à l'ordre public ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de l'authenticité des documents d'état-civil qu'il a produits ; la décision attaquée est également entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sur laquelle elle se fonde ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnait les articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée en ce qu'elle ne cite pas l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnait ce texte ainsi que l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme en ce qu'il court des risques pour sa santé en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en observation enregistré le 10 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) indique que l'état de santé du requérant est stabilisé et que l'offre de soins au Cameroun est suffisante pour lui assurer un suivi adapté.

Par un mémoire enregistré le 16 mai 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-camerounaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- l'accord franco-camerounais du 21 mai 2009 relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au développement solidaire ;

- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant camerounais se disant né le 17 septembre 2001, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 23 mars 2017. Le 8 juin 2017, il a fait l'objet d'un refus de prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, confirmé par jugement du 30 octobre 2017 du tribunal pour enfants de B et par une décision du 22 juin 2018 de la cour d'appel de B, aux motifs que les documents d'état-civil présentés n'étaient pas authentiques et que sa maturité et son apparence physique n'étaient pas celles d'un mineur. Il a fait l'objet, le 11 juin 2020, d'un premier refus de titre de séjour et d'une mesure d'éloignement, confirmés par un jugement du tribunal administratif de B n° 2001897 du 10 décembre 2020 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 21BX01314 du 28 septembre 2021. Après s'être soustrait à cette première mesure d'éloignement, l'intéressé a, de nouveau, sollicité le 29 novembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour, à titre principal, en tant que " travailleur temporaire ", à titre subsidiaire, en qualité d'étranger malade et, à titre infiniment subsidiaire, en raison de ses liens privés et familiaux en France. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu le 12 septembre 2022 un avis défavorable à sa demande en tant qu'elle concernait son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté en date du 12 avril 2023, le préfet de la Vienne a refusé à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

2. Par un arrêté n°2022-SG-DCPPAT-020 du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Vienne n° 86-2002-111 du 13 juillet 2022, le préfet de la Vienne a donné délégation de signature à la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

Sur la décision portant refus de délivrance du titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à la situation de M. C. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les motifs pour lesquels ses demandes de titre de séjour, pour chacune des mentions demandées, doivent être rejetées. Cette décision, qui rappelle, notamment, que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public en ce que ce dernier est défavorablement connu des services de la justice et de la police pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et de vol à l'étalage, n'avait pas nécessairement à faire état des suites pénales qui ont éventuellement été données aux faits ainsi reprochés. Elle n'avait pas davantage à comporter plus de précisions sur l'état de santé de M. C, ni sur la possibilité pour celui-ci de suivre un traitement approprié au Cameroun, pas plus que sur sa participation à une étude concernant la pathologie dont il souffre, dès lors, d'une part, que ni l'existence, ni la gravité de cette pathologie n'était contestée par le collège de médecins de l'OFII ou par le préfet, d'autre part, que le certificat médical produit par l'intéressé, en ce qu'il observe que " Le suivi de cette pathologie au Cameroun ne peut pas être au niveau de celui qui existe en France ", outre qu'il admet, à tout le moins, implicitement, qu'il existe des possibilités de traitement dans ce pays, n'est pas autrement circonstancié et enfin que la participation de l'intéressé à une étude portant, d'une manière générale, sur l'étiologie de la maladie dont il est atteint, reste sans influence sur l'appréciation de son droit au séjour en qualité d'étranger malade. Il suit de là que la décision attaquée, qui comporte l'exposé des motifs de droit et des circonstances de fait justifiant le rejet des différentes demandes de titre de séjour de l'intéressé, est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet s'est bien livré à un examen particulier approfondi de la situation personnelle et des différentes demandes de M. C.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.(). ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis () La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège (). ".

6. D'une part, il ressort du bordereau de transmission produit par l'administration que l'avis du collège des médecins de l'OFII a été rendu le 12 septembre 2022 par trois médecins du service médical de l'OFII, nommément mentionnés sur ledit avis, sur la base d'un rapport médical établi le 8 juin 2022 par un médecin également nommément mentionné et ne faisant pas partie de ce collège. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas prouvé que le médecin rapporteur ne faisait pas partie du collège des médecins de l'OFII ayant rendu un avis, doit être écarté.

7. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Vienne s'est, notamment, fondé sur l'avis susmentionné du collège de médecins du service médical de l'OFII du 12 septembre 2022 dont il s'est approprié les motifs sans s'estimer lié par ces derniers. Selon cet avis, si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, lui permettent d'y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie. La circonstance que l'intéressé souffre d'un synoviosarcome pour lequel il a bénéficié d'une exérèse chirurgicale le 21 février 2020 ainsi que d'un suivi médical depuis cette date, est ainsi sans influence sur le bien-fondé de la décision contestée de refus de titre de séjour qui s'apprécie seulement, comme il a été dit au point 3, au regard de la possibilité pour M. C de bénéficier d'un tel suivi au Cameroun et non de l'existence ou de la gravité de sa pathologie, ni, à plus forte raison, de ses conditions de participation à une étude médicale générale portant sur la maladie dont il est atteint. S'il existe moins de scanners ou d'appareils à imagerie par résonnance magnétique (IRM) au Cameroun qu'en France, et qu'à ce titre, ce suivi ne sera pas forcément de même niveau que celui qui existe en France, l'OFII fournit, sans être utilement contredit par l'intéressé, une liste d'établissements pratiquant, dans ce pays, le suivi oncologique ainsi que la surveillance par scanner ou IRM du type de pathologie dont souffre le requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 47 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique : " () Aucune décision produisant des effets juridiques à l'égard d'une personne ou l'affectant de manière significative ne peut être prise sur le seul fondement d'un traitement automatisé de données à caractère personnel () ".

10. Il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Vienne, qui ne s'est pas borné à faire état de la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires de l'intéressé, mais a également relevé que son comportement constituait une menace pour l'ordre public en raison des faits d'usage illicite de stupéfiants et de vol à l'étalage qui lui sont reprochés, se serait estimé lié par les mentions de ce fichier, ni qu'il se serait abstenu d'exercer son pouvoir d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 47 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est maintenu irrégulièrement en France depuis le 23 mars 2017, d'abord, en tentant frauduleusement de se faire passer pour un mineur étranger isolé ainsi que l'ont reconnu l'arrêt de la cour d'appel de B et celui de la cour administrative d'appel de Bordeaux mentionnés au point 1 et, ensuite, en se soustrayant, de manière irrégulière, à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 11 juin 2020. Par ailleurs, l'intéressé a fait l'objet de deux signalements en 2018 pour usage illicite de stupéfiants et en 2020 pour vol à l'étalage, peu important à cet égard que ces faits n'ont pas été sanctionnés pénalement. Il ressort également des mentions non contestées de l'arrêté attaqué qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. S'il fait valoir que ses deux parents sont décédés au Cameroun, il ne produit pas les actes de décès correspondants et ne conteste d'ailleurs pas qu'il a encore une sœur résidant dans ce pays où il n'est donc pas, en toute hypothèse, dépourvu d'attaches familiales. Dans ces conditions, et même si le requérant fait valoir son parcours scolaire et le sérieux de ses études, le préfet de la Vienne n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet ne s'est pas davantage livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. C en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

13. En dernier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Vienne, qui a refusé à M. C un titre de séjour en tant que " travailleur temporaire " au motif que celui-ci ne disposait pas d'un visa de long séjour, et qui a, par ailleurs, refusé de l'admettre au séjour en qualité d'étranger malade et en raison de ses liens privés et familiaux en France pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 8 et 12, aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur la menace que représentait le comportement de l'intéressé pour l'ordre public ou le caractère falsifié de ses documents d'identité. Par suite, les moyens tirés de ce que l'autorité administrative se serait, à tort, fondée sur ces deux éléments pour rejeter les demandes de titre de séjour dont elle était saisie ne peuvent qu'être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

14. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

15. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 8.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 8 de cette même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Enfin, aux termes de l'article 14 de ladite convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. ".

17. Si M. C fait valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire porte une atteinte grave aux droits garantis par les articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne démontre pas que, comme il a été dit au point 8, son état de santé nécessite un traitement médical auquel il n'aurait pas effectivement accès dans son pays d'origine, ni que l'examen de sa situation aurait fait l'objet d'un traitement discriminatoire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 précités de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, et alors que l'impossibilité d'un suivi médical au Cameroun n'est pas établie, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

18. La décision attaquée, qui n'avait pas nécessairement à viser l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni à citer ce texte, a été prise au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que M. C n'établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi un exposé suffisant, au regard de la situation de l'intéressé, des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde.

19. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

20. Si le requérant soutient qu'il ne pourra pas bénéficier du traitement médical et de la surveillance dont il a besoin en cas de retour dans son pays d'origine, il résulte de ce qui a été exposé au point 8 qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé au Cameroun. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

21. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le président rapporteur,

Signé

L. CAMPOY

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. HENRY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions