lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301381 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BULAJIC |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2211858 du 22 mai 2023 enregistrée le 24 mai suivant au greffe du tribunal, le président de la huitième chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal la requête présentée par M. B A.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 29 août 2022, M. B A, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel la préfète de la Charente a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Charente, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen sérieux et personnalisé de sa situation ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, prescrite par l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa parfaite intégration socio-professionnelle ;
- elle méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain dès lors que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir général de régularisation pour l'admettre exceptionnellement au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lui délivrant un titre de séjour en qualité de salarié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, la préfète de la Charente conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 16 mai 1983, est entré en France le 22 août 2017 sous couvert d'un visa de long séjour valable du 25 juillet 2017 au 25 juillet 2018. Il a ensuite obtenu plusieurs titres de séjour temporaires en qualité de conjoint d'une ressortissante française, dont le dernier était valide jusqu'au 8 novembre 2021. Il a demandé, fin août 2021, à la préfecture de la Charente, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 25 juillet 2022, dont M. A demande l'annulation, la préfète de la Charente a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables au requérant, notamment compte tenu du fondement de la demande de titre de séjour qu'il a présentée. Il mentionne également les conditions d'entrée sur le territoire français de M. A, les titres de séjour qui lui ont été délivrés jusqu'au 8 novembre 2021, son mariage le 27 mai 2017 avec une ressortissante française et les investigations menées concernant sa communauté de vie avec son épouse, qui ont conduit au rejet de sa demande, compte tenu de la séparation des époux. Ainsi, l'arrêté comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui le fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
3. En second lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des pièces du dossier que la préfète ne se serait pas livrée à un examen sérieux et personnalisé de la situation du requérant.
Sur la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage () ". L'article L. 433-4 du même code dispose : " () L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire ".
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissante française, M. A a produit des pièces justificatives mentionnant trois adresses différentes, dont une à Rouillac en Charente, et deux en région parisienne, à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, et à Argenteuil dans le Val d'Oise. Au vu de ces incohérences, la préfecture a sollicité, d'une part, les services de la caisse d'allocations familiales qui l'ont informée de la séparation du couple depuis le 21 juillet 2020, et, d'autre part, la gendarmerie de la Charente, qui a transmis un rapport d'enquête domiciliaire à la préfecture constatant l'absence de tout effet personnel appartenant au requérant au domicile conjugal de Rouillac. En outre, l'épouse de M. A a déclaré ne pas l'avoir vu depuis plusieurs mois. Dans ces conditions, bien que M. A puisse se prévaloir de son mariage le 27 mai 2017 avec Mme C, dont il produit une copie certifiée conforme datée du 9 août 2021, il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie entre les époux avait cessé à la date à laquelle le requérant a demandé le renouvellement de sa carte de séjour temporaire d'un an en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. A cet égard, l'insertion professionnelle invoquée par le requérant, compte tenu des emplois qu'il a occupés en intérim ou à durée déterminée, n'a pas d'influence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de ce que la préfète de la Charente aurait commis des erreurs de fait et une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; ".
7. La préfète n'est tenue, en application de ces dispositions de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir de plein droit un titre de séjour. Dès lors, la préfète de la Charente n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
9. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète n'est pas tenue, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. M. A ne conteste pas avoir présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne résulte pas des termes de la décision attaquée que la préfète aurait examiné d'office sa demande sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain, ni sur celui de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision portant refus de séjour de la méconnaissance de ces stipulations et dispositions, au regard desquelles cette autorité n'a pas fait porter d'office son examen, ni soutenir que la préfète aurait dû examiner sa situation au regard de ces articles.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel la préfète de la Charente a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Charente.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, présidente,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLELa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026