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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301422

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301422

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2023, M. D B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté référencé 3F du 6 avril 2023 par lequel le préfet de la Vienne a suspendu son permis de conduire pour une période de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui restituer son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé au sens des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne l'a pas invité à présenter d'observations écrites ou orales avant de prendre la décision de suspendre son permis de conduire en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article R. 221-13 du code de la route, le préfet n'ayant pas précisé la nature des examens médicaux auxquels il devait se soumettre pour récupérer son permis de conduire ;

- il méconnaît les dispositions des articles R. 235-6 à R. 235-9 du code de la route relatifs au protocole de dépistage de l'imprégnation alcoolique, dès lors qu'il n'est pas en mesure de s'assurer de l'identité de la personne ayant réalisé le prélèvement sanguin et de celles y ayant assisté, de la méthode utilisée pour prélever les échantillons sanguins, du matériel utilisé pour effectuer ces prélèvements et les conserver, et de l'identité de la personne ayant réalisé les analyses de ces prélèvements.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné M. E pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. E. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été victime, le 1er avril 2023 sur le territoire de la commune de Gençay (86), d'un accident de la route n'impliquant que son véhicule. Un prélèvement sanguin a été effectué au centre hospitalier universitaire de Poitiers et a révélé un taux d'alcool de 2,46g par litre de sang. Par l'arrêté référencé 3F du 6 avril 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Vienne a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois.

Sur le moyen tiré du défaut de motivation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ;() ". Il résulte de ces dispositions que la suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée.

3. La décision attaquée vise les dispositions du code de la route applicables à la situation de M. B, notamment ses articles L. 224-1 et L. 224-2, et indique que ce dernier a fait l'objet d'un contrôle de son alcoolémie par analyse de sang, ayant révélé un taux d'alcool de 2,46g par litre de sang. Elle énonce que l'intéressé représente un danger grave et immédiat pour les autres usagers de la route, ses éventuels passagers et lui-même. La décision litigieuse, qui comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement est, dès lors, suffisamment motivée.

Sur le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire :

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire ". L'article L. 121-2 de ce code dispose : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière. / () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".

5. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 120 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dont l'état d'ébriété a été établi retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la formalité instaurant le respect de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code de la route.

6. M. B a été verbalisé pour avoir circulé alors que le contrôle par l'analyse de sang a fait apparaître un taux de 2,46 g par litre de sang, alors que le plafond défini à l'article L. 234-1 du code de la route est de 0,80 g par litre de sang. Cette circonstance est, à elle seule, de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même, comme l'a retenu à bon droit le préfet dans son arrêté. Il en résulte que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, prise sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute pour le préfet de l'avoir mis à même de présenter ses observations.

Sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 221-13 du code de la route :

7. Aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " I. - Le préfet soumet à des analyses ou à des examens médicaux, cliniques et biologiques, notamment salivaires et capillaires : 1° Tout conducteur () auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction ou suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles visées au 1° ci-dessus. II. - Lorsque le titulaire du permis de conduire néglige ou refuse de se soumettre, dans les délais qui lui sont prescrits, à l'une des analyses ou des examens médicaux prévus au présent article, le préfet peut prononcer ou maintenir la suspension du permis de conduire jusqu'à ce qu'un avis médical d'aptitude soit émis, à la demande de l'intéressé, par le médecin agréé consultant hors commission médicale, ou par la commission médicale ". Aux termes de l'article R. 224-12 du même code : " L'examen médical prévu au I de l'article R. 221-13 est effectué avant l'expiration de la décision administrative de suspension du permis de conduire. / () ". Il en résulte qu'il appartient à l'autorité préfectorale qui met en œuvre ces dispositions d'indiquer au conducteur la nature des examens médicaux requis ou les modalités du contrôle médical, ainsi que le délai dans lequel il doit s'y soumettre.

8. Si pour l'application des dispositions précitées de l'article R. 221-13 du code de la route, il appartient à l'autorité préfectorale d'indiquer au conducteur le délai dans lequel une visite médicale doit être effectuée et la nature des examens auxquels il doit se soumettre, l'absence de ces précisions, qui aurait seulement pour conséquence de faire obstacle à ce que soit refusée la restitution du permis de conduire à l'expiration de la période de sa suspension, est sans influence sur la légalité de la mesure de suspension elle-même. En tout état de cause, le requérant ne conteste pas s'être vu remettre, à l'occasion de la notification de la décision en litige, une notice d'information relative aux démarches à entreprendre pour retrouver le droit à conduire à l'issue du délai de six mois de suspension de son titre de conduite et l'informant de son obligation de se soumettre à une visite médicale devant la commission médicale de la préfecture de son lieu de résidence muni du " questionnaire médical disponible sur le site de la préfecture ". En outre, il ressort des dispositions de l'article R. 224-12 précité du code de la route que cet examen doit être effectué avant l'expiration de la décision de suspension du permis de conduire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance l'article R. 221-13 du code de la route ne peut qu'être écarté.

Sur le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 235-6 à R. 235-9 du code de la route relatifs au protocole de dépistage de l'imprégnation alcoolique :

9. Aux termes du II de l'article R. 235-6 du code de la route : " II.-Le prélèvement sanguin est effectué par un médecin ou un étudiant en médecine autorisé à exercer à titre de remplaçant, dans les conditions fixées à l'article L. 4131-2 du code de la santé publique, requis à cet effet par un officier ou un agent de police judiciaire. Le prélèvement sanguin peut également être effectué par un biologiste requis dans les mêmes conditions. / Ce praticien effectue le prélèvement sanguin à l'aide d'un nécessaire mis à sa disposition par un officier ou un agent de police judiciaire, en se conformant aux méthodes prescrites par un arrêté pris dans les conditions prévues à l'article R. 235-4. / Un officier ou un agent de police judiciaire assiste au prélèvement sanguin. "

10. Le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il n'est pas en mesure de s'assurer de l'identité des personnes ayant réalisé le prélèvement sanguin, de la méthode et du matériel utilisés pour prélever les échantillons sanguins et les conserver, dès lors que l'appréciation de la matérialité d'une infraction relève de l'office du juge judiciaire dans le cadre de la procédure pénale. Le moyen doit être écarté comme inopérant

11. Au surplus, d'une part, il résulte du compte-rendu d'analyse fourni par le préfet que c'est le docteur C qui a été requis pour effectuer le prélèvement, et que l'officier de police judiciaire Saulnier y a assisté. En ce qui concerne l'analyse des prélèvements, le compte-rendu indique que celle-ci a été réalisée par le docteur A. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 235-6 du code de la route doit être écarté.

12. D'autre part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que soient portées dans l'arrêté portant suspension du permis de conduire les mentions permettant d'identifier à la fois la méthode utilisée pour prélever les échantillons sanguins et le matériel utilisé pour effectuer ces prélèvements. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces formalités doit être écarté comme inopérant.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2023 portant suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. ELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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