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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301453

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301453

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPETILLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2023, M. B A, représenté par Me Petillion, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de renouveler son titre de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de cinq jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet s'est cru lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est disproportionnée alors qu'il n'est relevé aucun trouble pour l'ordre public.

L'OFII a produit des pièces enregistrées le 12 juin 2023 ainsi qu'un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 8 août 2023.

La requête a été communiquée au préfet de la Charente-Maritime qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Boutet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 29 janvier 1970, est entré en France en septembre 2019 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 4 mai 2021 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 11 octobre 2021. Il a bénéficié de titres de séjour " vie privée familiale " en raison de son état de santé valables à compter du 1er mars 2021 et renouvelés jusqu'au 3 janvier 2023. Le 22 décembre 2022, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par arrêté du 27 avril 2023, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel est fondée la décision de refus de titre de séjour, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il relève que M. A est entré irrégulièrement en France en septembre 2019, qu'il a bénéficié de titres de séjour " vie privée et familiale " en raison de son état de santé valables à compter du 1er mars 2021 et renouvelés jusqu'au 3 janvier 2023, alors que le collège des médecins de l'OFII avait rendu deux avis favorables les 1er mars 2021 et 4 avril 2022. Il relève néanmoins qu'à nouveau saisi sur la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A, le collège des médecins de l'OFII a considéré dans son avis du 20 avril 2023 que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. La décision de refus de titre de séjour est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le rapport du médecin de l'OFII ayant examiné la situation médicale de M. A ne soit pas visé par l'arrêté en litige.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 27 avril 2023 que le préfet, s'il s'est approprié l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII, ne s'est pas cru lié par cet avis et a examiné la possibilité d'admettre le requérant au séjour en vertu de son pouvoir discrétionnaire. Le moyen tiré de l'incompétence négative dont serait entaché cet arrêté doit ainsi être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. M. A fait valoir qu'il est atteint d'une affection cardiaque, plus précisément liée à une fraction d'éjection cardiaque insuffisante qui a pu être améliorée et stabilisée grâce à sa prise en charge en France avec la mise en place d'un traitement, et qu'il bénéficie de l'allocation adultes handicapés pour un taux d'incapacité compris entre 50 à 80%. En se bornant à invoquer les deux précédents avis favorables du collège des médecins de l'OFII datés des 1er mars 2021 et 4 avril 2022, des circonstances exceptionnelles, au demeurant non établies, liées aux pressions politiques dont ferait l'objet son épouse en Guinée qui l'empêcheraient d'accéder aux soins et à l'absence de certitude sur son éligibilité à une couverture santé sans plus de précision, le requérant n'apporte pas d'élément permettant sérieusement de contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII le plus récent daté du 20 avril 2023 qui a considéré que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine, en s'appuyant sur les données du portail MedCOI du bureau européen d'appui en matière d'asile. Dans ces conditions, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

8. Dès lors que le préfet de la Charente-Maritime a légalement considéré que M. A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait s'en prévaloir pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de cette décision.

10. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. A invoque la présence en France de sa fille et la nécessité d'être accompagné durant le traitement de sa pathologie. Il ne justifie toutefois ni de la présence régulière en France de cette dernière, ni de la nécessité de disposer d'une aide en raison de son état de santé, ni de l'impossibilité pour d'autres membres de son entourage de lui apporter cette aide le cas échéant. Il n'établit pas non plus qu'il serait isolé en cas de retour en Guinée où il a vécu jusqu'à l'âge de 49 ans et où il indique lui-même que réside encore son épouse. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'il peut bénéficier d'une prise en charge appropriée de son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et compte tenu de sa courte durée de présence en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant cette décision.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait s'en prévaloir pour demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel il peut être reconduit par voie de conséquence de l'annulation de cette décision.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Selon les dispositions de l'article L. 612-10 du même code, pour décider d'édicter une interdiction de retour et en fixer la durée, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. Ainsi qu'il a été dit au point 11, le requérant, dont l'entrée en France est récente, ne peut se prévaloir de liens durables et stables sur le territoire français ni d'une intégration au sein de la société française. Il peut en outre bénéficier de soins appropriés à son état de santé dans son pays d'origine. Dès lors, alors même que son comportement ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'aurait fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement et que le prononcé d'une interdiction de retour ne constitue, en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'une faculté pour le préfet, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 avril 2023 présentées par M. A doivent être rejetées, y compris par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M B A, au préfet de la Charente-Maritime et à Me Petillion.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Boutet, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. JARRIGE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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