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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301495

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301495

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantSELARL BONNEAU CASTEL PORTIER GUILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juin 2023 et le 23 avril 2024, M. B D, représenté par Me Guillard demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté référencée 3F du 31 mars 2023 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a prononcé la suspension administrative de son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui restituer son permis de conduire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 17 avril 2024 et le 25 avril 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- code de la santé publique ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a été contrôlé au volant de son véhicule le 28 mars 2023. Il a été soumis à un test salivaire de détection immédiate de produits stupéfiants, qui a révélé une consommation récente de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Par l'arrêté référencé 3F du 31 mars 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Charente-Maritime a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois.

Sur le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire :

2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire ". L'article L. 121-2 de ce code dispose : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière. / () ".

3. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 120 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur pour lequel la consommation récente de stupéfiants a été établie retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la formalité instaurant le respect de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code de la route.

4. M. D a été verbalisé pour avoir circulé alors qu'il venait de faire un usage récent de substances ou plantes classées comme stupéfiants, en méconnaissance de l'article L. 235-2 du code de la route. Cette circonstance est, à elle seule, de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même, comme l'a retenu à bon droit le préfet dans son arrêté. Si M. D affirme qu'il avait consommé non du cannabis, mais du cannabidiol (A), la consommation de cannabidiol dit " A ", variété de cannabis, l'importation, l'exportation et l'utilisation sont autorisées au regard des dispositions de l'article R. 5132-86 du code de la santé publique, ces dispositions ne concernent pas l'interdiction de conduite après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants prévue à l'article L. 224-2 du code de la route. Le préfet fournit à cet effet le rapport d'analyse du dépistage mentionnant la présence de THC dans la salive du requérant, démontrant que le conducteur avait fait usage de cannabis. Il en résulte que M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée, prise sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute pour le préfet de l'avoir mis à même de présenter ses observations.

Sur le moyen tiré du défaut de motivation :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ;() ". Il résulte de ces dispositions que la suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée.

6. La décision attaquée vise les dispositions du code de la route applicables à la situation de M. D, notamment ses articles L. 224-1 et L. 224-2, et indique qu''il a fait l'objet des vérifications prévues à l'article R. 235-5 du code de la route, qui ont établi l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. De plus, la décision énonce que l'intéressé représente un danger grave et immédiat pour les autres usagers de la route, ses éventuels passagers et lui-même. La décision litigieuse, qui comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement est, dès lors, suffisamment motivée.

7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 31 mars 2023. Par suite, les conclusions présentées à cette fin ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. C

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

N°2301495

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