jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CARMIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, Mme B C représentée par Me Carmier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus d'autorisation de travail ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-20 du code du travail ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
- le code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Tiberghien a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante comorienne née le 29 décembre 1993, déclare être entrée régulièrement en France le 29 août 2017, sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant " valable du 17 août 2017 au 17 août 2018. La requérante s'est vue délivrer deux cartes de séjour pluriannuelles mention " étudiant " valables du 27 novembre 2018 au 26 mai 2022. Le 28 avril 2022, Mme C a sollicité un changement de statut pour obtenir un titre de séjour mention " salarié " auprès de la préfecture de la Vienne. Après avoir refusé d'examiner cette demande par une décision du 5 août 2022, abrogée le 6 décembre 2022, le préfet de la Vienne a délivré à Mme C un récépissé de demande de titre de séjour valable entre le 5 décembre 2022 et le 26 février 2023. Par un arrêté du 5 avril 2023, le préfet de la Vienne a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français en lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 12 juillet 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture n°2022-SG-DCPPAT-020, le préfet de la Vienne a donné délégation à Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, délégation pour signer tout acte, arrêté, décision, circulaire, requête juridictionnelle, documents et correspondances administrative relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, au nombre desquelles figurent les décisions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en particulier ses articles L. 412-1 et L. 421-1, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne les différents éléments de la situation personnelle et familiale de Mme C, et notamment la circonstance qu'elle n'établit pas avoir bénéficié d'une autorisation de travail au titre de son emploi actuel ni qu'il ne relèverait de la liste des métiers en tension et qu'elle ne démontre pas entretenir des liens particulièrement intenses, anciens et stables en France. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Vienne s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme C. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté attaqué ou des autres pièces du dossier que le préfet de la Vienne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme C avant de refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. (). " Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 () ". Enfin, aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : 1° S'agissant de l'emploi proposé : a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que l'employeur de Mme C a sollicité l'octroi d'une autorisation de travail le 2 mai 2022 au titre de son contrat de travail à durée indéterminée en qualité de vendeuse au " Relay Orly Ouest Hall 3 sous Douane ". Toutefois, la requérante ne démontre pas, en se bornant à faire valoir qu'elle apporte satisfaction à son employeur, que l'emploi qu'elle occupe relèverait de la liste des métiers en tension prévue par l'arrêté du 1er avril 2021 ou qu'une offre pour cet emploi aurait été préalablement publiée durant trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi dans les conditions de l'article R. 5221-20 du code du travail, de sorte que ce serait à tort que sa demande d'autorisation de travail aurait été clôturée. Par ailleurs, si elle se prévaut de la circonstance que son employeur a déposé une nouvelle demande d'autorisation de travail le 17 mai 2023, cette circonstance, postérieure à la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité. Dès lors, la requérante ne justifiait ni d'une autorisation de travail, ni même d'avoir sollicité une telle autorisation, au soutien de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande de titre de séjour formée sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté, ainsi, qu'en tout état de cause, celui tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour serait illégale en raison de l'illégalité du rejet de sa demande d'autorisation de travail.
7. En quatrième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour, qui se fonde uniquement sur les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte uniquement de l'appréciation par l'autorité administrative du respect des conditions posées par ces dispositions et notamment à la présentation d'une autorisation de travail. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté comme inopérant.
8. En cinquième lieu, Mme C se prévaut de sa présence en France depuis 2017 et d'une relation de plus d'un an avec un ressortissant français, M. A, avec lequel elle déclare vivre. Elle se prévaut également du contrat de travail à durée indéterminée en qualité de vendeuse à temps partiel au " Relay Orly Ouest Hall 3 sous Douane " conclu le 12 octobre 2019, puis à temps plein au sein de la même entreprise depuis le 1er mars 2022. Toutefois, l'intéressée ne justifie pas de sa présence habituelle sur le territoire français depuis le 29 août 2017. Elle ne justifie d'entretenir qu'une relation récente avec M. A, avec qui elle soutient résider depuis février 2022, sans l'établir par la seule production d'une attestation d'hébergement de ce dernier et alors qu'elle déclarait, durant sa demande de titre de séjour, être célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, et en dépit de l'insertion professionnelle de l'intéressée en France, le préfet de la Vienne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire droit à la demande de titre de séjour de Mme C.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée en raison de l'annulation de la décision de refus de séjour doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°)Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de celle de la décision de refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, ainsi, que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Vienne.
Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
M. Tiberghien, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
P. TIBERGHIENLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026