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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301536

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301536

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2023, M. A B représenté par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 23 mai 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

3°) d'annuler l'arrêté en date du 8 juin 2023 par lequel le préfet de la Vienne a retiré le délai de départ de 30 jours et a fixé l'Albanie comme pays de renvoi et avec interdiction de retour d'une durée de deux ans sur le territoire français ;

4°) d'annuler l'arrêté en date du 8 juin 2023 par lequel le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de 180 jours ;

5°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant également à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus d'admission au séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de retrait du délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où aucun fait nouveau par rapport à ceux existant à la date du premier arrêté ne justifie le retrait du délai qui lui avait été accordé ; elle ne prend pas en considération les éléments factuels le concernant ainsi que sa famille ;

- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée ; elle doit être annulée du fait de l'annulation portant obligation de quitter le territoire ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est disproportionnée quant aux buts poursuivis eu égard à sa situation personnelle ; elle n'indique pas en quoi son éloignement est une perspective raisonnable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Leloup a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant albanais né le 30 novembre 1996, est entré en France le 17 août 2013, en compagnie de ses parents et de sa sœur. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 13 mars 2015, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 novembre 2015. Le 8 juillet 2015, il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Le 20 janvier 2016, il a toutefois obtenu une carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valide jusqu'au 12 juin 2020, dont il a sollicité le renouvellement le 29 juin 2020. Le 17 décembre 2020, la préfète de la Vienne a rejeté sa demande et lui a notifié une deuxième mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Le 12 novembre 2022, M. B a déposé une nouvelle demande de titre de séjour. Par un arrêté en date du 23 mai 2023, le préfet a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé l'Albanie comme pays de renvoi. Par deux autres arrêtés en date du 8 juin 2023, le préfet a retiré le délai de départ volontaire dont disposait l'intéressé et l'a assigné à résidence pour une durée de 180 jours. M. B demande l'annulation de ces trois arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 7 juillet 2023, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B. Par suite, il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions présentées par le requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les arrêtés en date du 23 mai et 8 juin 2023 sont signés par la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne qui bénéficie d'une délégation à cet effet, en vertu d'un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

4. L'arrêté attaqué vise les stipulations la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. B. Il expose la situation administrative et personnelle du requérant, notamment en ce qui concerne son entrée en France, sa situation familiale, son intégration professionnelle, les condamnations dont il a fait l'objet et les délits divers pour lesquels une condamnation n'avait pas encore été prononcée à la date de la décision attaquée et dont le plus récent, pour usage de stupéfiants, date du 4 février 2023, soit moins de quatre mois avant la décision attaquée. Il mentionne les motifs de droit et de fait pour lesquels aucun titre de séjour ne lui a été accordé. Ainsi, l'arrêté attaqué qui comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui le fondent et qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a bien procédé à un examen approfondi de la situation de M. B, est suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Par ailleurs aux termes de l'article L. 412-5 " la circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ".

6. M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Poitiers le 30 novembre 2016 à une peine de dix mois d'emprisonnement pour vol aggravé, détention et usage illicite de stupéfiants, le 10 février 2017 à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour vol avec violence, le 4 juillet 2017 à un mois d'emprisonnement avec sursis pour violence dans un moyen de transport collectif de voyageurs, le 28 novembre 2017 à un mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants, le 28 mai 2019 à dix mois d'emprisonnement avec sursis pour violence aggravée et violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, le 10 décembre 2019 à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis et refus d'obtempérer. Par ailleurs, il lui est imputé des faits délictuels de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité le 3 février 2020, menace de mort réitérée le 27 janvier 2020, usage illicite de stupéfiants du 1er janvier 2021 au 27 octobre 2021 et le 4 février 2023. Ces faits, dont M. B ne conteste pas la matérialité, sont, eu égard à leur caractère répété et à leur gravité, de nature à caractériser un comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation, ni d'erreur de droit, que le préfet de la Vienne s'est fondé sur ce motif pour refuser à l'intéressé le renouvellement de son titre de séjour.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°)Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si le requérant, qui est célibataire et sans enfant, se prévaut de la présence régulière de ses parents et de sa sœur en France, il ne produit aucun élément de nature à établir l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec le reste de sa famille. Il ne se prévaut d'aucun autre lien personnel ou familial en France. Il n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Comme il a été dit au point 7, l'intéressé, qui a fait l'objet de nombreuses condamnations, est très défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée en lui refusant un titre de séjour et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, doit être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de retrait de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En vertu de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () [ou] qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

12. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a retiré le délai de départ volontaire eu égard à la circonstance que l'intéressé a été placé en garde à vue le 7 juin 2023 pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, alors même qu'il faisait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire. La circonstance que cette garde à vue n'a donné lieu à aucune condamnation ne remet pas en cause la matérialité des faits à l'origine de cette interpellation et ne faisait pas obstacle à ce que le préfet se fonde sur le comportement récent de l'intéressé pour lui retirer le délai de départ volontaire. Au demeurant, le requérant a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à sa mesure d'éloignement alors qu'il s'est déjà soustrait à ce type de mesure et qu'il ne présente pas de garanties de représentation. Enfin, et comme il a été indiqué au point 8, il n'établit pas l'intensité des liens qu'il entretient avec ses parents présents en France, pas davantage que l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine et ne peut dès lors se prévaloir d'aucune circonstance particulière.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 8 juin 2023 par laquelle le préfet de la Vienne lui a retiré le délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

15. Il ressort des mentions figurant sur la décision du 8 juin 2023 que le préfet a relevé les considérations de droit dont il a fait application, en visant notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet a tenu compte de la durée de présence de M. B sur le territoire français, en indiquant que celui-ci " ne justifiait pas de liens personnels et familiaux suffisamment intenses, anciens et stables en France ", de sa vie privée et familiale, en mentionnant qu'il est célibataire, sans enfant, qu'il se prévaut de la présence en France de ses parents et de sa sœur mais qu'il ne démontre pas établir avec eux des liens familiaux suffisamment anciens et stables. Enfin la décision attaquée mentionne les précédentes décisions d'éloignement dont a fait l'objet l'intéressé, son comportement délictuel répété constitutif d'une menace à l'ordre public en faisant notamment état de ce qu'il avait été interpellé le 7 juin 2023 puis placé en garde à vue pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Le préfet de la Vienne a ainsi tenu compte de l'ensemble des éléments énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fixer la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de M. B. Il s'ensuit que les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de retour :

16. L'arrêté du 8 juin 2023 vise les articles L. 612-12 et L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique, après avoir rappelé la nationalité du requérant, que M. B a vécu plus de dix-sept ans avant son entrée en France, en Albanie, pays dans lequel il ne démontre pas être dépourvu d'attaches et où il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de la Vienne a ainsi énoncé de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour fixer le pays à destination duquel M. B est susceptible d'être éloigné.

17. Enfin si l'intéressé déclare craindre pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine et que l'OFPRA a tenu pour établi les faits de menaces et d'agression subis par l'intéressé entre l'âge de treize et de seize ans, ce seul constat de l'OFPRA, qui a d'ailleurs rejeté sa demande d'asile, ne suffit pas à établir que le requérant courrait encore un risque en Albanie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

18. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () " L'article L. 732-1 du même code dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ". En vertu de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ".

19. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 12, M. B n'établit pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence pour une durée de 180 jours serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée.

20. En deuxième lieu, le préfet de la Vienne a visé, dans son arrêté du 31 mars 2023 portant assignation à résidence de M. B pour une durée de 180 jours, les textes dont il a fait application, en particulier l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L.731-3 L. 732-1, L. 732-4, L.733-1 et R. 732-1 et R. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également fait état de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B par l'arrêté du 23 mai 2023 et indiqué que l'intéressé ne justifiait pas de la possession d'un document d'identité ou de voyage, qu'il ne pouvait dans l'immédiat regagner son pays d'origine, qu'il était nécessaire d'obtenir un laisser passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle du retour et qu'il convenait qu'il se maintienne provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'éloignement. Le préfet a ainsi indiqué de manière suffisamment détaillée les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour prendre l'arrêté en litige, sans méconnaître la situation personnelle de l'intéressé.

21. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Pipart, premier conseiller,

M. Leloup, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le19 septembre 2023.

Le rapporteur,Le président,

SignéSigné

F. LELOUPL. CAMPOY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

La greffière,

Signé

D.GERVIER

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