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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301554

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301554

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCOTTET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 juin 2023 et 27 mars 2024, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 28 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Cottet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 mai 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a abrogé le récépissé de sa demande de certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme d'un montant à déterminer à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions dans leur ensemble :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été prises par une autorité compétente ;

- elle sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Bureau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 13 janvier 1994, est entrée en France le 1er décembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 13 septembre 2018 au 11 mars 2019. Elle a sollicité, le 12 octobre 2022, la délivrance d'un certificat de résidence algérien mention " liens personnels et familiaux " auprès des services de la préfecture de la Vienne. Par des décisions du 9 mai 2023, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions prises dans leur ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature du préfet de la Vienne à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les dispositions applicables à la situation de Mme A, en particulier l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, sur le fondement duquel a été examinée sa demande de titre de séjour, et mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les raisons de fait pour lesquelles sa demande de délivrance d'un titre de séjour doit être rejetée. Cette décision comporte ainsi l'exposé suffisant des circonstances de fait et de droit qui fondent la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5 : Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".

5. Pour contester la décision attaquée, Mme A se prévaut de la présence de son époux et de ses quatre enfants, de leur scolarisation en France et de leur engagement dans plusieurs associations. Toutefois, les seules circonstances que son époux ait signé un contrat à durée indéterminée en qualité d'installateur de fibre optique et qu'elle a exercé des actions de bénévolat au sein de l'association " Centre socio-culturel des Minimes ", ne sont pas suffisantes pour établir qu'elle aurait transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, alors qu'elle ne conteste pas disposer d'attaches dans son pays d'origine, l'Algérie, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans, alors qu'au demeurant le préfet a pris une décision concomitante à l'égard de son époux. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. La décision contestée n'a ni pour effet, ni pour objet, de séparer la requérante de ses enfants mineurs qui ont la même nationalité qu'elle. Une cellule familiale propice au développement de ses enfants est ainsi susceptible de se reconstituer en Algérie, alors qu'au demeurant le préfet a pris une décision concomitante à l'égard de son époux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 9 mai 2023, par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé à Mme A la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a abrogé le récépissé de sa demande de certificat de résidence, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Vienne, ainsi qu'à Me Cottet.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Boutet, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. BUREAU

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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