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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301607

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301607

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOUSSOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Boussoum, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Georges-de-Didonne a prononcé à son encontre une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Georges-de-Didonne de la réintégrer immédiatement dans ses fonctions, dès la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Georges-de-Didonne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors que la sanction la prive de revenus, ce qui la place dans une situation très précaire au regard de ses charges.

Sur le doute sérieux :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- la sanction est disproportionnée par rapport à la gravité des faits reprochés.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2023, la commune de Saint-Georges-de-Didonne, représentée par Me Lopes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de légalité externe et interne soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 juin 2023 sous le numéro 2301608 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jarrige,

- les observations de Me Vigreux, représentant Mme B qui a conclu aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Lopes, représentant la commune de de Saint-Georges-de-Didonne, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense et par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, titularisée dans le grade d'attaché principal, exerce la fonction de responsable du service petite enfance au sein de la commune de de Saint-Georges-de-Didonne. Après réunion du conseil de discipline qui a rendu son avis le 27 février 2023, le maire a pris à l'encontre de Mme B, le 31 mars 2023, un arrêté prononçant à son encontre la sanction de révocation. Par une ordonnance du 15 mai 2023, la juge des référés a suspendu l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, et enjoint à la commune de Saint-Georges-de-Didonne de procéder, à titre provisoire, à la réintégration de Mme B dans ses fonctions. Par un arrêté du 23 mai 2023, le maire a procédé à cette réintégration, retiré son arrêté du 31 mars 2023 et prononcé à l'encontre de l'intéressée une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de ce dernier arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur la demande de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision critiquée.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'exécution de la décision du 23 mai 2023 prononçant une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois à l'encontre de Mme B a pour effet de la priver de son traitement à compter de cette date, alors que les autres ressources du foyer, soit à titre principal le salaire de son mari, ne permettent pas de faire face aux charges de ce couple avec trois enfants mineurs à charge. La commune de Saint-Georges-de-Didonne n'a fait valoir aucun élément de nature, dans les circonstances de l'espèce, à retirer à cette situation son caractère d'urgence. Par suite, l'exécution de cette décision doit être regardée comme portant à la situation de Mme B une atteinte suffisamment grave et immédiate pour que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative puisse être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. Il ressort des pièces du dossier que la sanction prise à l'encontre de Mme B est motivée par des tapages injurieux troublant la tranquillité d'autrui sur son lieu de travail, des troubles à l'ordre public, des abus répétés dans sa position hiérarchique, des manquements à ses devoirs de réserve et d'exemplarité et des manquements au devoir d'obéissance et de respect de la hiérarchie. S'il ressort d'un procès-verbal établi par les services de police municipale de la commune de Saint-Georges de Didonne que Mme B a commis des tapages troublant la tranquillité d'autrui sur son lieu de travail le 8 juillet 2022, seul ce grief tel que caractérisé par l'autorité disciplinaire est établi et il présente un caractère fautif. Dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce que la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois, sanction du troisième groupe, qui a été infligée à Mme B par l'arrêté du 23 mai 2023 est, comme la précédente de révocation, disproportionnée à la gravité de ces faits, en dépit de la position hiérarchique de l'intéressée et du devoir d'exemplarité y afférent, eu égard à son absence d'antécédent disciplinaire, alors que, par ailleurs, le conseil de discipline s'était seulement prononcé, lors de sa séance du 27 février 2023, en faveur d'une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours, est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Georges-de-Didonne a prononcé une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois à l'encontre de Mme B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Compte tenu du motif de suspension retenu par la présente ordonnance, celle-ci implique nécessairement la réintégration provisoire de l'agent. En conséquence, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint-Georges-de-Didonne de procéder, à titre provisoire, à la réintégration de Mme B dans ses fonctions au sein de la commune de Saint-Georges-de-Didonne, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Georges-de-Didonne une somme de 900 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées au même titre par la commune de Saint-Georges-de-Didonne.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Georges-de-Didonne a prononcé à l'encontre de Mme B une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Georges-de-Didonne de procéder, à titre provisoire, à la réintégration de Mme B dans ses fonctions, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Saint-Georges-de-Didonne versera à Mme B la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à notifiée à Mme A B et à la commune Saint-Georges-de-Didonne.

Fait à Poitiers, le 11 juillet 2023.

Le juge des référés,

Signé

A. JARRIGE

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. FAVARD

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