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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301678

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301678

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDONZEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 23 juin 2023 sous le n° 2301678, Mme A C, représentée par Me Donzel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour l'application des dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 mai 2023.

II. Par une requête enregistrée le 23 juin 2023 sous le n° 2301678, M. D B, représenté par Me Donzel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour l'application des dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juillet 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Boutet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. B, ressortissants géorgiens respectivement nés le 25 juillet 1982 et le 5 juillet 1974, sont entrés en France en décembre 2016 selon leurs déclarations. Ils ont déposé une demande d'asile auprès de la préfecture du Maine-et-Loire. Par un arrêté du 3 mars 2017, le préfet du Maine-et-Loire a décidé de leur transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de leurs demandes d'asile. Mme C et M. B ont présenté une nouvelle demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 21 décembre 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 juillet 2019. Par un arrêté du 10 août 2021, le préfet des Deux-Sèvres a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par des jugements du 3 février 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leur demande d'annulation de ces arrêtés. Le 14 novembre 2022, Mme C et M. B ont sollicité un titre de séjour en application des dispositions des articles L 435-1, L 421-1 et L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêtés du 7 avril 2023, dont ils demandent l'annulation, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et les a interdits de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Les requêtes enregistrées sous les n° 2301678 et 2301679 portent sur la situation d'un couple d'étrangers et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur les décisions de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, les arrêtés du 7 avril 2023 ont été signés par M. Marotel, secrétaire général de la préfecture, qui avait reçu délégation de la préfète des Deux-Sèvres, par un arrêté du 2 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Deux-Sèvres, à l'effet de signer tous les actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certaines catégories d'actes auxquelles n'appartiennent pas les décisions en litige. Le moyen tiré de ce que les décisions de refus de titre de séjour ont été signées par une autorité incompétente doit par suite être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Mme C et M. B, qui déclarent être entrés en France en décembre 2016 avec leurs deux enfants nés en 2008 et 2015, ne justifient pas avoir tissé sur le territoire national des liens personnels intenses, anciens et stables et ne font état d'aucune circonstance susceptible de faire obstacle à ce que leur cellule familiale se reconstitue hors de France. Ils ne soutiennent pas, par ailleurs, qu'ils seraient dépourvus d'attaches familiales ou amicales dans leur pays d'origine où ils ont résidé jusqu'à l'âge respectivement de 34 et 42 ans. Dans ces conditions, et alors qu'ils ont fait l'objet chacun d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français datée du 10 août 2021, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis. Par suite, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 432-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile en prenant cette décision. Elle n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme C et de M. B.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les requérants ne justifient pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. La préfète des Deux-Sèvres n'a pas donc commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de leur délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".

9. Si les requérants invoquent leur insertion professionnelle en France, ils se sont bornés à produire à l'appui de leur demande de titre de séjour une attestation du 28 décembre 2022 indiquant que le couple est " suivi " pour son insertion professionnelle depuis août 2019 et une promesse d'embauche datée du 24 octobre 2024 au nom de M. B pour un emploi en qualité de peintre, documents sur lesquels ils n'apportent au demeurant aucune précision dans le cadre de leurs requêtes. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de leur délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 7 avril 2023 de la préfète des Deux-Sèvres présentées par Mme C et M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C et M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à M. D B, à Me Donzel et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. BOUTET

La présidente,

Signé

I. LE BRIS

Le greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

2, 2301679

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