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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301687

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301687

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDELMOTTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juin 2023 et 12 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Delmotte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreint à se présenter au commissariat de police de La Rochelle les mardis et jeudis pendant la durée du départ volontaire afin de faire constater les diligences entreprises en vue de la préparation de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'astreinte à se présenter au commissariat :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des pièces enregistrées le 30 juillet 2024 ainsi qu'un mémoire enregistré le 26 août 2024.

La requête a été communiquée au préfet de la Charente-Maritime qui n'a pas produit de mémoire.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 7 juillet 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Boutet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 4 décembre 1992, est entré en France le 6 septembre 2020. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 15 juin 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 novembre 2021. Il a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été rejetée par décision de l'OFPRA du 19 janvier 2022, confirmée par une décision de la CNDA du 8 avril 2022. Le 3 février 2023, il a déposé une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " en raison de son état de santé. Par arrêté du 31 mai 2023, dont il demande l'annulation par la présente requête, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreint à se présenter au commissariat de police de La Rochelle les mardis et jeudis pendant la durée du départ volontaire afin de faire constater les diligences entreprises en vue de la préparation de son départ.

Sur la compétence de l'auteur de l'arrêté :

2. Par un arrêté du 8 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Charente-Maritime, M. Emmanuel Cayron, secrétaire général, a reçu délégation du préfet de la Charente-Maritime à l'effet de signer les décisions portant refus de délivrance des titres de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 31 mai 2023 en litige doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ".

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. M. A fait valoir qu'il est atteint de plusieurs pathologies, notamment une tuberculose, une colopathie, une pathologie hémorroïdaire et un syndrome de stress post-traumatique lié à des violences subies dans son pays d'origine, pathologies pour lesquelles il bénéficie d'une prise en charge en France comprenant des consultations régulières avec un psychiatre et un traitement médicamenteux. Les pièces médicales qu'il produit ne permettent toutefois pas de contredire sérieusement l'avis du collège des médecins de l'OFII, daté du 23 avril 2023, qui a considéré que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A, qui est célibataire et sans enfant, déclare être entré en France en septembre 2020 après avoir vécu en Italie depuis 2016. Il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il a développé en France des liens personnels particulièrement anciens, intenses et stables, en dehors de l'association Cordia qui lui offre un accompagnement social et un hébergement. Il ne soutient pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis. Par suite, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant cette décision.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant la décision obligeant M. A à quitter le territoire français en litige.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant la destination vers laquelle M. A pouvait être reconduit au pays dont il a la nationalité ou à tout pays où il pourrait être légalement admissible.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. A, dont la demande d'asile a par ailleurs été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, n'apporte pas la preuve des risques qu'il invoque, notamment en raison de menace de mort dont il ferait l'objet de la part de sa famille, en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant la décision fixant le pays de destination en litige.

Sur l'astreinte à se présenter au commissariat de La Rochelle :

13. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".

14. En premier lieu la décision faisant obligation au requérant de se présenter au commissariat de police de La Rochelle les mardis et jeudis pendant la durée du départ volontaire constitue une mesure de police visant à l'exécution des obligations de quitter le territoire français qui doivent être motivées en application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation peut toutefois se confondre avec celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties d'un délai de départ volontaire, lesquelles sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

15. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance permettant de démontrer que l'obligation de se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de La Rochelle, les mardis et jeudi à 9h, pour y indiquer les diligences accomplies dans la préparation de son départ lui imposerait des sujétions injustifiées alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait des contraintes personnelles et familiales incompatibles avec cette obligation. Dans ces conditions, et quand bien même M. A ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision en litige.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 31 mai 2023 du préfet de la Charente-Maritime présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Charente-Maritime.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. BOUTET

La présidente,

signé

I. LE BRIS

Le greffier,

signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en chef

signé

S. GAGNAIRE

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