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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301702

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301702

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCOTTET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2023, M. A C, représenté par Me Cottet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-le préfet n'a pas produit le procès-verbal de séance de la commission du titre de séjour ;

-il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour " parent d'enfant français "

-la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 24 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2024 à 12 heures.

Un mémoire présenté par M. C a été enregistré au greffe du tribunal le 27 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Un mémoire en défense présenté par le préfet de la Vienne a été enregistré au greffe du tribunal le 1er juillet 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2023.

Vu :

-l'ordonnance du 7 juillet 2023 par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision du 27 avril 2023 ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Thévenet-Bréchot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né en décembre 1991, est entré en France en 2011 selon ses déclarations. Le 30 juin 2021, il a sollicité auprès de la préfecture de la Vienne la délivrance d'un titre de séjour " parent d'enfant français ". Par une décision du 27 avril 2023 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

3. M. C est père d'un enfant français né en février 2021, issu d'une union avec Mme B. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des attestations de paiement de la CAF, des déclarations de revenu 2021 et 2022 et de l'avis d'imposition sur les revenus 2021 établi en 2023 que la communauté de vie entre M. C et Mme B est établie au moins depuis le mois d'octobre 2020 et qu'elle n'a pas cessé à ce jour. En outre, alors qu'il n'est pas contesté que M. C vit avec son fils, il ressort des pièces du dossier, et notamment des factures d'achats de vêtements en date du 4 octobre 2021, 10 février 2022, 6 avril 2022, 27 mai 2022 et 5 avril 2023, ainsi que des témoignages de proches que celui-ci participe à l'entretien et à l'éducation de son fils. S'il est constant que le requérant a été condamné à quatre reprises pour vol en 2014, 2016, 2017 et 2018, il n'est pas contesté qu'il n'a commis aucune infraction depuis sa dernière condamnation. Dans ces conditions, en considérant que le comportement de M. C constituait une menace pour l'ordre public et faisait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français alors que l'intéressé en remplit les conditions, le préfet de la Vienne a méconnu les dispositions des articles L. 423-7 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 27 avril 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Vienne de délivrer à M. C un titre de séjour " parent d'enfant français " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cottet, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce dernier de la somme de 900 euros en application de ces dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 27 avril 2023 du préfet de la Vienne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de délivrer à M. C un titre de séjour " parent d'enfant français " dans un délai de trois mois.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cottet, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Vienne.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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