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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301780

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301780

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Hay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 mai 2023, par lequel la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un délai d'un an ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle indique que sa femme et ses enfants résident dans son pays d'origine ; ceux-ci ne vivent pas en Guinée Conakry mais en Guinée Bissau, pays dans lequel il n'est pas légalement admissible ;

- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour est entachée d'une deuxième erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle indique qu'il a encore de la famille en Guinée dès lors, d'une part, que son frère, qui voyageait avec lui lorsqu'il est parti vers la France est décédé en cours de trajet et d'autre part que, comme il a été dit plus haut, sa femme et ses enfants vivent en Guinée Bissau où il n'est pas légalement admissible ;

- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour est entachée d'une troisième erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle indique qu'il n'a aucune famille en France et qu'il n'y est pas bien intégré ; il a communiqué à la préfecture de nombreux documents sur lesquels figure son nom à son adresse commune avec son frère ; il a travaillé quand il a pu le faire sous un nom d'emprunt et il a effectué du bénévolat dans des associations ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ; elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français l'empêchera de revoir ses frères et sœurs qui vivent en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 16 juin 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 11 juin 1985, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 11 septembre 2016. Il a sollicité le statut de réfugié qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 novembre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 novembre 2018. Après avoir sollicité de la préfecture des Hauts-de-Seine son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, il a fait l'objet le 15 octobre 2019 d'une première mesure d'éloignement dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Paris le 27 janvier 2022. Après s'être soustrait à cette mesure d'éloignement, il a sollicité de la préfète des Deux-Sèvres son admission exceptionnelle au séjour le 25 juillet 2022. Par un arrêté en date du 16 mai 2023, celle-ci a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

3. Si M. B soutient résider habituellement en France depuis 2016, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire en dépit du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA et d'une précédente mesure d'éloignement. Il n'est pas dénué de famille à l'étranger dans la mesure où il est constant que son épouse et ses quatre enfants vivent en République de Guinée-Bissau, pays dans lequel il n'établit pas ne pas être réadmissible et où il pourra, de ce fait, reconstituer, en tant que de besoin, sa cellule familiale. S'il prétend entretenir des relations avec des frères et sœurs en France, les documents qu'il produit ne permettent pas d'établir ses liens de parenté avec les homonymes concernés. En toute hypothèse, la personne que M. B présente comme son frère, réside à Paris à près de 400 kms de l'intéressé qui, dans sa demande de titre de séjour, se déclarait domicilié à Bressuire. Le requérant, qui est domicilié au centre communal d'action sociale (CCAS), ne justifie pas d'un domicile personnel et est sans travail. S'il a obtenu une autorisation de travail de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation du travail et de l'emploi (DIRECCTE), le 11 avril 2019, celle-ci n'était qu'une autorisation provisoire valable trente-cinq jours, et s'il produit une promesse d'embauche pour un poste de peintre en bâtiment, au sein de la société Azurite Bâtiment, datée du 3 mars 2019, il ressort, en tout état de cause, de ce document que cette société est basée à Arnouville dans le département du Val-d'Oise et non dans le département des Deux-Sèvres où il réside. Par ailleurs, si M. B soutient être en danger de mort en cas de retour en Guinée, son pays d'origine, il n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Comme il a été dit plus haut, sa demande d'asile a d'ailleurs déjà été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. L'admission exceptionnelle au séjour du requérant ne répondant ainsi à aucune considération humanitaire et n'étant pas davantage justifiée au regard de motifs exceptionnels, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de titre de séjour dont elle était saisie.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète des Deux-Sèvres aurait pris la même décision si elle ne s'était pas fondée sur le fait que la famille du requérant vit en République de Guinée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait qu'aurait commise la préfète est sans influence sur la légalité de la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

6. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, les moyens tirés de la méconnaissance par la décision portant obligation de quitter le territoire, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision interdisant au requérant de retourner sur le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale, ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

9. Il résulte de ce qui a été au point 3 que M. C se maintien irrégulièrement sur le territoire français en dépit de plusieurs refus de titre de séjour et d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, qu'il ne justifie pas de ses liens privés et familiaux en France alors qu'il est constant qu'il dispose d'importantes attaches familiales à l'étranger. Dès lors, la préfète des Deux-Sèvres ne s'est pas livrée à une inexacte application des dispositions citées au point 8 en décidant de lui interdire de retourner en France pendant une durée d'un an.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Deux-Sèvres

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le président rapporteur,

Signé

L. CAMPOY

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. HENRY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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