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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301798

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301798

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAKPAWO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire (non communiqué), enregistrés les 5 juillet 2023 et 8 mai 2024, Mme B D veuve A représentée par Me Makpawo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 avril 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer la situation de la requérante et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des article L. 423-1, L. 423-4 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, garanti par un principe général du droit de l'Union européenne ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré 4 avril 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tiberghien,

- les observations de Me Makpawo, pour Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante camerounaise, née le 5 août 1958, est entrée en France le 4 novembre 2013 sous couvert d'un visa court séjour Schengen. Elle a été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 26 avril 2017 au 25 avril 2018. Elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 13 mars 2018 et a été munie de deux récépissés de demandes, valables jusqu'au 3 décembre 2019. Elle a par la suite présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 21 septembre 2020, et a été munie de plusieurs récépissés de demande, dont le dernier a expiré le 18 février 2022. Par un courrier du 5 janvier 2023, reçu le 9 janvier 2023, elle a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-4 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 avril 2023, le préfet de la Charente-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en particulier les articles L. 423-1 à L. 423-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à la situation de Mme D. L'arrêté mentionne également le mariage de l'intéressée, sa plainte pour violences conjugales, ainsi que le décès de son conjoint français. Cette décision du préfet mentionne ainsi les différents éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme D. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté attaqué ou des autres pièces du dossier que le préfet de la Charente-Maritime n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme D. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; () ". Aux termes de l'article L. 423-4 de ce code : " La rupture du lien conjugal n'est pas opposable lorsqu'elle résulte du décès du conjoint. Il en va de même de la rupture de la vie commune. " Et aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies. "

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est mariée avec M. C A le 9 février 2019, et qu'elle a quitté le domicile conjugal le 22 octobre 2019, en raison des violences conjugales qu'elle aurait subies. Au soutien de ses allégations, elle produit le certificat de dépôt de plainte pour de telles violences, datée du 22 octobre 2019, une attestation de témoin, établie le 12 avril 2021, faisant état d'une altercation entre Mme D et M. A, qui l'aurait menacée de mort à l'aide d'un couteau. Cette attestation mentionne également que son auteure aurait hébergé la requérante à la suite de ces violences répétées. Mme D verse également une attestation émanant du service d'aide aux victimes en Charente-Maritime, datée du 1er octobre 2020, et faisant état d'un suivi de l'intéressée depuis le mois de juillet 2019. Cette attestation se réfère également à l'altercation du 22 octobre 2019. Toutefois, la requérante n'établit pas que ce dépôt de plainte aurait eu des suites et les attestations qu'elle produit, rédigées en des termes généraux, ne permettent pas de tenir pour établie la réalité de ses allégations de violences conjugales. Par ailleurs, M. A est décédé le 25 août 2022, ce décès ayant conduit à l'extinction de l'instance de divorce qu'il avait engagé. Dans ces conditions, Mme D n'établit pas que la rupture de la vie commune serait imputable à des violences conjugales, de sorte le préfet n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 423-1, L. 423-4 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de faire droit à sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. La requérante se prévaut de sa présence en France depuis le 4 novembre 2013, de la circonstance qu'elle a subi des violences conjugales de la part de M. A, depuis décédé, et de son insertion professionnelle en France alors qu'elle est titulaire d'une carte mobilisé inclusion portant la mention " priorité ". Toutefois, elle ne justifie pas être présente de manière habituelle et continue en France depuis lors et n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, la réalité des allégations de violences conjugales dont elle se plaint et est sans charges de famille en France. Par ailleurs, si elle justifie d'avoir été admise en parcours dans l'insertion par l'activité économique de l'association Cohésion 17 le 14 août 2017 pour une durée de deux ans, où elle exerce des missions ponctuelles, puis d'être régulièrement sollicitée par la résidence la Claire Fontaine 110 pour exercer des missions d'auxiliaire de vie à titre ponctuel sur les années 2020 et 2021, et enfin d'avoir été employée par la société Vitalliance entre le 24 août 2021 et le 22 juillet 2022, ces éléments sont insuffisants pour établir une insertion professionnelle significative en France. Dans ces conditions, le préfet de la Charente-Maritime, en refusant de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée en raison de l'annulation de la décision de refus de séjour doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité administrative, préalablement à l'adoption d'une décision de retour, mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

10. En l'espèce, Mme D se borne à soutenir qu'elle n'a pas entendu préalablement à l'adoption de la décision d'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il lui appartenait, à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels elle estimait devoir être admise au séjour et de produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Par ailleurs, il lui était loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire utile quant à sa situation, et elle ne soutient pas ni même n'allègue avoir été privée de cette faculté. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas avoir été privée de son droit à être entendue préalablement à l'adoption d'une mesure d'éloignement. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de celle de la décision de refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit point 7 au présent jugement que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, ainsi, que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D veuve A et au préfet de la Charente-Maritime.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

M. Tiberghien, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. TIBERGHIENLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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