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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301819

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301819

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCPA GAND-PASCOT-PENOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2023, 10 août 2023, 22 février 2024 et le 12 août 2024, Mme B, représentée par la SCPA Gand-Pascot-Penot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 avril 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer le titre de séjour " vie privée et familiale - parent d'enfant français " dans un délai de 45 jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le père de sa fille contribue effectivement à son entretien et à son éducation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Balsan-Jossa a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 21 décembre 1992, de nationalité comorienne, est entrée en France le 5 septembre 2021 sous couvert d'un visa long séjour mention étudiant, valide du 23 juillet 2021 au 23 juillet 2022. Le 31 août 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " parent d'enfant français ". Par un arrêté en date du 5 avril 2023, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est arrivée en France alors qu'elle était enceinte et a donné naissance à sa fille A le 18 février 2022. Elle réside avec l'enfant et il n'est pas contesté qu'elle contribue à son entretien et à son éducation. Le père de A, de nationalité française, réside à la Réunion et est venu voir sa fille pour la première fois en avril 2023, alors que celle-ci était âgée de 14 mois, de sorte qu'il ne justifie pas contribuer à son éducation depuis sa naissance. Par ailleurs, les quatre versements effectués entre septembre 2022 et février 2023, pour un montant total de 250 euros, ne permettent pas de considérer qu'il contribue à l'entretien de l'enfant. Les versements effectués et les billets d'avions versés postérieurement à la décision attaquée ne sont pas de nature à remettre utilement en cause l'appréciation portée par le préfet sur l'absence de contribution effective du père à l'entretien et à l'éducation de sa fille. En outre, Mme B est célibataire et ne démontre pas la réalité et l'intensité d'une vie privée et familiale sur le territoire français. Par ailleurs, la décision n'a pas pour objet ni pour effet de la séparer de son enfant de nationalité française. Par conséquent, le moyen tiré de l'inexacte application commise par le préfet de la Vienne des dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente

Mme Balsan-Jossa, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

S. BALSAN-JOSSA

La présidente,

Signé

I. LE BRISLe greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

N. COLLET

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