mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301853 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DESROCHES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Desroches, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours, le tout sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son avocate au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ; il méconnait l'autorité de chose jugée de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 30 mai 2023 annulant un précédent arrêté de refus de titre de séjour et d'éloignement en date du 28 avril 2022 et enjoignant au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer, pendant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, dès lors le préfet de Charente-Maritime, qui ne l'a pas convoqué pour faire valoir les éléments nouveaux dont il avait à faire état et ne lui a pas non plus adressé un courrier afin de l'informer de la possibilité de faire valoir de tels éléments, n'a pas procédé au réexamen de sa situation et ne lui a pas davantage délivré d'autorisation provisoire de séjour ;
- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour n'est pas suffisamment motivée en ce qu'elle ne fait pas référence à sa précédente admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il s'agit précisément de l'objet de la demande qu'il a déposée ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de l'authenticité des documents d'état civil qu'il a produits en ce que le rapport du service de fraude documentaire de la direction zonale de la police aux frontières (DZPAF) de Bordeaux ne contient aucune précision sur les éléments indiquant que son passeport serait un faux, en ce qu'il est en possession d'une carte d'identité consulaire, justifiant de sa nationalité et pour laquelle aucune anomalie n'a été relevée, ainsi que d'un jugement supplétif dont l'authenticité n'est pas contestée, et en ce que, si son acte de naissance a fait l'objet d'un avis défavorable de la DZPAF, l'administration ne fait pas état de la réglementation malienne concernant la qualité des supports des actes d'état civil maliens, les sécurités qu'ils doivent comporter et la façon dont ils doivent être complétés ; enfin, ses extraits d'acte de naissance n'ont fait l'objet d'aucune analyse tandis que les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) ainsi que le juge des enfants n'ont jamais remis en cause sa minorité ; la décision attaquée est également entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ; elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire sur laquelle elle se fonde ; elle n'est pas suffisamment motivée en ce qu'elle ne cite pas l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Charente-Maritime, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Henry a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien né le 20 février 2002, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 24 août 2018. Par une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République près le tribunal judiciaire de la Rochelle du 13 septembre 2018 et par un jugement du tribunal de grande instance de La Rochelle du 5 novembre 2018, il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Charente-Maritime. Le 6 juillet 2020, il a bénéficié d'un titre de séjour valable jusqu'au 5 juillet 2021 portant la mention " travailleur temporaire " en application de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Le 17 mai 2021, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 28 avril 2022, le préfet de la Charente-Maritime a rejeté sa demande et lui a notifié une mesure d'éloignement. Cet arrêté a été annulé pour incompétence de son auteur par un arrêt du 30 mai 2023 de la cour administrative d'appel de Bordeaux. Par un arrêté du 11 juillet 2023, le préfet de la Charente-Maritime a, de nouveau, refusé de renouveler le titre de séjour de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil () ". Selon l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". En vertu de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
4. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour déposée par M. B, le préfet de la Charente-Maritime a relevé qu'il résulte de " l'analyse technique réalisée par les services de la direction zonale de la police aux frontières (DZPAF) Sud-Ouest des documents d'état civil et de la copie du passeport précédemment fourni par M. A B () présentent les caractéristiques techniques de faux documents ". Il ressort toutefois du rapport de la DZPAF du 27 janvier 2022 que ce service a considéré que le jugement supplétif d'acte de naissance produit par le requérant, dont les mentions relatives à l'état civil de l'intéressé sont identiques à celles portées sur les autres documents produits, est un document authentique. Par ailleurs, si ce service a remis en cause l'authenticité du passeport dont la photocopie a été produite par le requérant et des extraits d'acte de naissance fournis par celui-ci, le rapport n'indique pas les raisons pour lesquelles l'administration est parvenue à ces conclusions. Enfin, si le rapport remet en cause l'authenticité de l'acte de naissance produit par le requérant, pour des motifs tenant à la forme de ce document, le service n'a pas précisé quelles règles applicables aux actes d'état civil maliens auraient été méconnues et ce document porte des mentions identiques au jugement supplétif que le service tient pour vrai et renvoie expressément à ce document. Dans ces conditions, les actes d'état civil produits par M. B permettaient d'établir de manière suffisante son état civil et sa minorité lorsqu'il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE). Par suite, c'est à tort que le préfet de la Charente-Maritime, qui n'a, au demeurant, jamais mis en doute l'état civil du requérant et sa minorité lorsqu'il a été pris en charge par l'ASE, a refusé de lui renouveler son titre de séjour au motif qu'il aurait produit de faux documents d'état civil.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M B est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 juin 2023 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.
Sur l'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'une carte de séjour temporaire soit délivrée à M. B. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de délivrer une telle carte au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desroches, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Desroches d'une somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Charente-Maritime de délivrer une carte de séjour temporaire à M. B dans un délai de deux mois.
Article 3 : L'État versera à Me Desroches une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Desroches renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Desroches et au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. HENRY
Le président,
Signé
L. CAMPOYLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026