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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301924

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301924

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023, M. A D, représenté par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 7 juin 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé.

Il soutient que :

Sur les décisions dans leur ensemble :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

Sur la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin instructeur à l'origine du rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui rend l'avis sur son état de santé ;

- elle est insuffisamment motivée et ne procède pas d'une appréciation personnelle de sa situation par l'autorité préfectorale, qui s'est contentée de reprendre l'avis du collège de médecin ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de soins appropriés à son état de santé en Arménie ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est contraire aux stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sa fille de deux ans étant hospitalisée après de graves brûlures, n'étant pas transportable et nécessitant la présence de ses parents ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 avril 2024 par une ordonnance du 14 mars 2024.

Un mémoire en défense a été produit par le préfet de la Vienne, le 8 avril 2024, après clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant arménien né le 6 janvier 1991, est entré en France le 20 janvier 2020 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 30 décembre 2019 au 24 janvier 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 novembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 mars 2021. M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 15 février 2021, le recours contentieux qu'il a exercé à son encontre ayant été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 13 avril 2021, confirmé par un arrêt de la cour administrative de Bordeaux du 30 décembre 2021. Le 29 décembre 2022, M. D a déposé une demande de délivrance d'un titre de séjour, en raison de son état de santé. Après avoir recueilli l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le préfet de la Vienne a, par des décisions du 7 juin 2023 dont M. D demande l'annulation, refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions dans leur ensemble :

3. Les décisions attaquées ont été signées par Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne qui disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral du 12 juillet 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, d'une délégation pour signer l'ensemble des actes se rapportant à la mise en œuvre de l'ensemble des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. D, et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne, outre la date d'arrivée en France de l'intéressé, sa situation privée et familiale et précise les éléments relatifs à son état de santé. Elle vise également l'avis du collège de médecins de l'OFII du 3 avril 2023 ainsi que le rapport médical établi par le docteur B C. Par suite, l'acte attaqué est suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas de la décision contestée que le préfet de la Vienne se serait borné à reprendre l'avis précité sans avoir examiné la situation personnelle et l'état de santé de l'intéressé. Ainsi, la décision en litige, qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. D, n'est pas entaché d'un défaut d'examen de sa situation.

6. En troisième lieu, Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ". En vertu des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-13 du même code, pris pour l'application de l'article L. 425-9, l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'OFII est émis au vu, notamment, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office, lequel ne siège pas au sein du collège.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions portées sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 3 avril 2023 produit par le préfet en défense que cet avis a été émis au vu d'un rapport médical sur l'état de santé de M. D, établi par le docteur C, qui n'a pas siégé lors de la séance du collège de médecins composé des docteurs Sebille, Horrach et Crocq. Ainsi, l'avis a été émis dans le respect des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière doit, dès lors, être écarté.

8. En quatrième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Pour rejeter, par la décision en litige, la demande de titre de séjour présentée par M. D, le préfet de la Vienne s'est notamment fondé sur l'avis émis le 3 avril 2023 par le collège des médecins de l'OFII, qui précise que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le requérant peut y bénéficier d'un traitement approprié. Cet avis précise par ailleurs qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers l'Arménie.

10. Pour contester cet avis, M. D produit un certificat médical du 1er juin 2022 établi par une praticienne hospitalière psychiatre attestant qu'il est atteint d'un trouble psychiatrique sévère nécessitant un lourd traitement antipsychotique et antidépresseur, faisant obstacle à son retour dans son pays d'origine " où il ne trouverait sans doute pas les soins adaptés ". Toutefois, si les ordonnances du 5 avril 2023 et du 28 juin 2023 lui prescrivent sept médicaments, M. D n'établit pas leur indisponibilité dans son pays d'origine, ni l'impossibilité d'un suivi psychiatrique dans ce pays, voire d'une hospitalisation en psychiatrie, comme elle a été envisagée en octobre 2022 après constatation par la psychiatre qui le suivait d'une aggravation de son état. En outre, la situation de sa jeune enfant de deux ans, qui a dû être hospitalisée au centre hospitalier universitaire de Bordeaux en réanimation à partir du 19 juin 2023, à la suite de brûlures graves et étendues, même si elle nécessite un traitement long et contraignant, n'est pas de nature à remettre en cause le bien-fondé de l'appréciation portée par le préfet de la Vienne sur sa demande de titre de séjour, alors que l'hospitalisation de sa fille est postérieure à la décision contestée. Par suite, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. D le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement de ces dispositions.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Selon l'article 8 de cette même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits de libertés d'autrui ". Enfin, aux termes de l'article 14 de la même convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ".

12. Ainsi qu'il a déjà été dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical adapté à son état de santé dans son pays d'origine. En outre, sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la CNDA du 31 mars 2021 devenue définitive, à l'instar de celle de sa compagne et de leur enfant. Enfin, M. D a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 15 février 2021, qu'il n'a pas exécutée alors que sa légalité avait été confirmée en première instance comme en appel. Par ailleurs, le requérant n'établit, ni n'allègue même, disposer d'un logement, de ressources propres et être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour opposée à M. D ne porte pas atteinte au droit à la vie de l'intéressé, ni une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts qu'elle poursuit. Enfin, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour, laquelle n'emporte pas fixation du pays de destination. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, la décision en litige ne méconnaît pas les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 précité.

16. En troisième lieu, d'une part, il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 12 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, M. D, qui ne démontre pas l'indisponibilité de son traitement médical dans son pays d'origine, n'établit ainsi pas les traitements inhumains et dégradants qu'il risque de subir en cas d'exécution de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut également qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, la décision du 7 juin 2023 en litige vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment son article L. 721-3 qui constitue son fondement en droit, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y est énoncé que M. D n'établit pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine, ce qui constitue le motif de fait de cette même décision. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris les dispositions de l'article L. 513-2 du même code : " 3° () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

19. M. D soutient que son retour en Arménie l'exposerait personnellement au risque de subir des traitements inhumains et dégradants en raison de risques pour sa sécurité. Il n'apporte toutefois pas suffisamment d'éléments de nature à établir la réalité de ce risque, alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA, confirmée par une décision de la CNDA du 31 mars 2021 devenue définitive. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décision du 7 juin 2023, par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé à M. D la délivrance de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à dispositions au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERYLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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