lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2302070 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, dans l'instance n°2302070, Mme C, représentée par la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard, Masson, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 30 juin 2023 de la préfète des Deux-Sèvres de maintien de l'arrêté du 11 octobre 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et fixant le pays de destination, en tant qu'elle a maintenu la décision fixant le délai au terme duquel elle doit exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre à trente jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte, et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à lui verser directement, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle révèle un défaut d'examen de sa situation dès lors que l'autorité préfectorale ne pouvait maintenir, sans méconnaître l'autorité de la chose jugée, la décision prescrivant un délai de départ de trente jours alors qu'elle a été annulée par le jugement n° 2202849 du tribunal administratif de Poitiers du 16 mars 2023 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation, le délai de trente jours étant insuffisant pour organiser son départ et celui de ses enfants.
La requête a été communiquée à la préfète des Deux-Sèvres qui n'a pas produit de mémoire.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2023.
II. Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, dans l'instance n°2302071, M. D, représenté par la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard, Masson, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 30 juin 2023 de la préfète des Deux-Sèvres de maintien de l'arrêté du 11 octobre 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et fixant le pays de destination, en tant qu'elle a maintenu la décision fixant le délai au terme duquel il doit exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre à trente jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte, et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à lui verser directement, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle révèle un défaut d'examen de sa situation dès lors que l'autorité préfectorale ne pouvait maintenir, sans méconnaître l'autorité de la chose jugée, la décision prescrivant un délai de départ de trente jours alors qu'elle a été annulée par le jugement n° 2202848 du tribunal administratif de Poitiers du 16 mars 2023 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation, le délai de trente jours étant insuffisant pour organiser son départ et celui de ses enfants.
La requête a été communiquée à la préfète des Deux-Sèvres qui n'a pas produit de mémoire.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2302070 et 2302071 introduites par Mme B et M. A concernent un couple de requérants et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme C, ressortissante guinéenne née le 2 février 1995, a sollicité auprès de la préfète des Deux-Sèvres la délivrance d'un titre de séjour le 4 mai 2021, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 octobre 2022, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B a demandé l'annulation de cet arrêté au tribunal administratif de Poitiers, qui, par un jugement n° 2202849 du 16 mars 2023, a annulé la décision portant délai de départ volontaire de trente jours, et rejeté le surplus des conclusions à fin d'annulation de la requête. Par une décision du 30 juin 2023, dont Mme B demande l'annulation, la préfète des Deux-Sèvres a décidé de maintenir ses décisions du 11 octobre 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.
3. M. E A, ressortissant guinéen né le 7 août 1989, a sollicité auprès de la préfète des Deux-Sèvres la délivrance d'un titre de séjour le 4 mai 2021, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 octobre 2022, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A a demandé l'annulation de cet arrêté au tribunal administratif de Poitiers, qui, par un jugement n° 2202848 du 16 mars 2023, a annulé la décision portant délai de départ volontaire de trente jours, et rejeté le surplus des conclusions à fin d'annulation de la requête. Par une décision du 30 juin 2023, dont M. A demande l'annulation, la préfète des Deux-Sèvres a décidé de maintenir ses décisions du 11 octobre 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.
Sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire :
4. Mme B et M. A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 18 août 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de les admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Les jugements n° 2202848 et n° 2202849 du 16 mars 2023 sont devenus définitifs et sont passés en force de chose jugée, faute d'avoir été contestés par la voie de l'appel. En conséquence, la préfète des Deux-Sèvres ne pouvait, sans méconnaître l'autorité de la chose jugée, maintenir les décisions portant délai de départ volontaire de trente jours prises à l'encontre des requérants. Par suite, Mme B et M. A sont fondés à soutenir que l'autorité de la chose jugée s'attachant à ces jugements n° 2202848 et n° 2202849 du 16 mars 2023 fait obstacle à ce que la préfète des Deux-Sèvres maintienne les décisions contestées leur prescrivant un délai de trente jours pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français.
6. Il résulte de ce qui précède que les décisions du 30 juin 2023 doivent être annulées en tant qu'elles maintiennent les décisions du 11 octobre 2022 fixant le délai de départ volontaire de Mme B et de M. A à trente jours.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique seulement que la préfète des Deux-Sèvres procède au réexamen de la situation de Mme B et de M. A s'agissant du délai de départ assortissant l'obligation de quitter le territoire français dont ils ont fait l'objet. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B et M. A ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard, Masson, représentant les requérants, renonce à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard, Masson de la somme de 900 euros dans le cadre de chacune des deux instances.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B et de M. A tendant à leur admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les décisions de la préfète des Deux-Sèvres du 30 juin 2023 sont annulées en tant qu'elles maintiennent la décision du 11 octobre 2022 fixant le délai au terme duquel les requérants doivent exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à leur encontre à trente jours.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète des Deux-Sèvres de procéder au réexamen de la situation de Mme B et de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard, Masson une somme globale de 1 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard, Masson renonce à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à M. E A, à la SCP d'avocats Breillat, Dieumegard, Masson et à la préfète des Deux-Sèvres.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLELa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
N°s 2302070, 2302371
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