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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302080

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302080

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er août 2023 et le 28 juin 2024, M. A B, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 juillet 2023 par lequel la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, le tout dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet, qui n'était plus saisi d'une demande de titre de séjour de sa part, ne pouvait plus lui refuser un tel titre ; elle est entachée d'une erreur de fait et de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco tunisien du 17 mars 1988 et de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle est illégale dès lors que, dans la mesure où il n'a demandé aucun titre de séjour, l'administration ne pouvait pas se fonder, pour décider de son éloignement, sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que, en l'absence de toute modification dans les circonstances de droit et de fait, l'arrêté de la préfète des Deux-Sèvres en date du 7 juillet 2023 rejetant la demande de titre de séjour faite par M. B le 28 février 2022, est purement confirmatif de l'arrêté du 10 août 2022 devenu définitif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 6 mars 1996, est entré sur le territoire français le 10 mai 2019. Le 9 juin 2021, il a fait l'objet d'un premier refus de titre de séjour et d'une première mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Le 28 février 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail. Par un arrêté du 10 août 2022, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. Par un jugement n° 2202083 du 12 janvier 2023, le tribunal administratif de Poitiers a annulé cet arrêté et enjoint à la préfète de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Par un arrêt n° 23BX00388 du 6 juin 2023, la cour administrative de Bordeaux a annulé ce jugement et rejeté au fond la demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de Poitiers contre l'arrêté du 10 août 2022. Par un arrêté en date du 7 juillet 2023, la préfète des Deux-Sèvres, qui avait, entretemps, entrepris de procéder à une nouvelle instruction de la demande de titre de séjour de M. B en exécution de l'injonction prononcée par le tribunal, lui a, de nouveau, refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Si le requérant se prévaut de ce que le nouvel arrêté du 7 juillet 2023 ne serait pas confirmatif de celui du 10 août 2022 dès lors qu'il a fourni à l'administration de nouveaux éléments qui n'existaient pas à la date de cet arrêté, il ressort des pièces du dossier que ces nouveaux éléments se résument à six bulletins de paie pour les mois d'août 2022 à janvier 2023 ne comportant aucun salaire, l'intéressé ayant lui-même signalé à l'administration, en réponse à la demande d'actualisation de son dossier qui lui a été transmise par cette dernière le 10 février 2023, que son contrat de travail avait été suspendu dès que son employeur avait eu connaissance de l'arrêté du 10 août 2022 lui refusant un titre de séjour. Ainsi, et en l'absence de toute modification dans les circonstances de droit et de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation du droit de M. B à obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, l'arrêté de la préfète des Deux-Sèvres en date du 7 juillet 2023 rejetant, de nouveau, la demande de titre de séjour faite par M. B le 28 février 2022, est purement confirmatif de l'arrêté du 10 août 2022 devenu définitif à la suite de l'annulation, par la Cour administrative de Bordeaux, du jugement du tribunal administratif de Poitiers du 12 janvier 2023, annulant cet arrêté et rejetant la demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de Poitiers contre ledit arrêté. Il suit de là que la demande de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2023 n'est pas recevable et doit, pour ce motif, être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Boutet, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le président rapporteur,

Signé

L. CAMPOY

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

M. BOUTET

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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