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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302140

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302140

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2023 M. A B, représenté par la SCP Breillat, Dieumegard, Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, à lui verser directement, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée et méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Boutet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien né le 6 janvier 1989, est entré en France en septembre 2017 muni d'un visa de long séjour. Il a bénéficié de titres de séjours en tant qu'" étudiant " à compter du 18 août 2018, qui ont été renouvelés jusqu'au 17 janvier 2023. Par un arrêté du 18 juin 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur la compétence de l'auteur de l'arrêté :

2. Par un arrêté 2022-SG-DCPPAT-020 en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le 13 juillet 2022, le préfet de la Vienne a donné délégation à Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour vise les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles M. B a présenté sa demande, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle examine le caractère réel et sérieux des études poursuivies depuis son entrée en France en 2017 et le caractère suffisant de ses ressources. Elle est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait, quand bien même le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle et familiale en France, compte tenu de fondement de sa demande. La décision en litige est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour " étudiant " de rechercher si le projet d'études pour lequel un premier titre de séjour a été accordé est toujours l'objet du séjour du pétitionnaire sur le territoire français et d'apprécier, à cet effet et dans cette perspective, compte tenu, le cas échéant, d'inflexions ou d'évolutions cohérentes, le caractère sérieux de la poursuite des études entreprises.

5. Il ressort des pièces du dossier que, depuis son entrée en France en septembre 2017, M. B n'a validé qu'une première année de Master 1 en sociologie au titre de l'année scolaire 2019-2020 après deux échecs successifs, qu'il a ensuite échoué en seconde année de Master 2 de sociologie en 2020-2021 et qu'il s'est ensuite inscrit en Master 2 de Philosophie où il a également échoué en 2021-2022. Dans ces conditions, et quand bien même M. B était à nouveau inscrit en Master 2 de philosophie 2022-2023 à la date de la décision attaquée, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour au motif que la condition de caractère réel et sérieux des études poursuivies n'était pas remplie.

6. Compte tenu de ce qui a été énoncé au point précédent, la circonstance à la supposer établie que M. B disposerait de ressources suffisantes est sans influence sur la légalité de la décision attaquée, le préfet de la Vienne pouvant refuser la délivrance du titre de séjour mention " étudiant " en se fondant sur le seul motif tiré de ce que la condition relative au caractère réel et sérieux des études n'était pas remplie.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

9. La décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde. Elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision de refus de titre de séjour qui est suffisamment motivée comme cela a été exposé au point 3.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Le requérant invoque sa durée de présence en France depuis 2017 dans le cadre d'un titre de séjour " étudiant ". Il invoque par ailleurs son mariage le 29 avril 2023 avec une ressortissante française et produit des documents médicaux postérieurs à la décision attaquée indiquant l'état de grossesse de son épouse. Il n'établit pas toutefois l'ancienneté de sa vie commune avec cette dernière. Dans ces conditions, compte tenu du caractère très récent de son mariage à la date de la décision attaquée, et alors que l'ancienneté de son séjour en France est uniquement liée à la poursuite de ses études, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant cette décision.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

13. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination vise les dispositions de l'article L. 722-1 sur lesquelles elle se fonde ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de destination est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

14. En troisième lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. En se bornant à soutenir qu'il risque d'être isolé en cas de retour dans son pays en l'absence de son épouse et de son enfant à naître, M. B n'établit pas que le préfet de la Vienne a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de de l'homme et des libertés fondamentales en fixant le pays de destination.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 juin 2023 du préfet de la Vienne présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Balsan-Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. BOUTET

La présidente,

signé

I. LE BRIS

La greffière,

signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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