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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302146

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302146

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantELIGE BORDEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire respectivement enregistrés les 3 août 2023 et 29 février 2024, Mme C B, représentée par Me Radé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le maire de la commune de Soubran a rapporté la délégation de fonctions et de signature qui lui avait été accordée, en sa qualité de première adjointe, par arrêté du 8 juillet 2020 ;

2°) d'annuler la délibération du 20 juin 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Soubran s'est prononcé contre son maintien dans ses fonctions de première adjointe au maire ;

3°) d'enjoindre à la commune de Soubran de la rétablir dans ses fonctions de première adjointe au maire ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Soubran une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 12 juin 2023 est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les faits mis en avant par la commune à son encontre ne sont pas établis, que la décision n'est pas fondée sur l'intérêt communal et ni sur une recherche de la bonne marche de l'administration communale et que l'existence de mauvaises relations notoires n'est pas démontrée ;

- la délibération du 20 juin 2023 est illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté abrogeant la délégation de fonctions et de signature.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, et un autre mémoire déposé le 5 mars 2024 à 11h38 qui n'a pas été communiqué la commune de Soubran, représentée par la SELAS Elige Bordeaux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 février 2024, l'instruction a fait l'objet d'une clôture fixée au 5 mars 2024 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2019-1461 du 27 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cristille,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Radé, représentant Mme B, et de Me Merlet-, Bonnan représentant la commune de Soubran.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 juillet 2020, la maire de la commune de Soubran (17), commune de 384 habitants, a accordé à Mme B, en sa qualité de première adjointe, une délégation de fonctions et de signature dans les domaines de la gestion du restaurant scolaire, du fonctionnement des écoles et du service des finances communales. Par un arrêté du 12 juin 2023, la maire lui a retiré, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, cette délégation. Par une délibération du 20 juin 2023, le conseil municipal a décidé sur le fondement de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales le " non-maintien " de Mme B dans ses fonctions de première adjointe. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du maire de la commune de Soubran du 12 juin 2023 et la délibération de son conseil municipal du 20 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () Lorsque le maire a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions. ". L'article L. 2122-20 du même code dispose : " Les délégations données par le maire en application des articles L. 2122-18 et L. 2122-19 subsistent tant qu'elles ne sont pas rapportées. ".

En ce qui concerne l'arrêté du 12 juin 2023 :

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 ci-dessus, qu'il est loisible au maire d'une commune, sous réserve que sa décision ne soit pas inspirée par des motifs matériellement inexacts ou étrangers à la bonne marche de l'administration communale, de mettre un terme, à tout moment, aux délégations de fonctions qu'il avait données à l'un de ses adjoints ou à un autre membre du conseil municipal.

4. Mme B soutient que les griefs retenus à son encontre pour retirer les délégations qui lui avaient été consenties, qui se rapportent à une tentative de manipulation des élus en 2021 à propos de la gestion du local utilisé par plusieurs associations et à la mise en cause publique de la probité de la maire devant l'assemblée générale de l'association communale de chasse agréée (ACCA), le 9 juin 2023, ne sont pas étayés de faits précis, qu'il s'agit de pures allégations, contredites par les témoignages qu'elle produit et qui tous attestent au contraire de son fort investissement pour la commune dans son rôle de 1er adjoint et en particulier de son comportement dénué d'agressivité et de violence lors de l'assemblée générale de l'association communale de chasse. Toutefois, les pièces du dossier font ressortir qu'a minima un climat de conflit et de défiance s'est installé progressivement entre la maire et sa première adjointe et que des divergences d'appréciation sur l'action communale et les projets du maire ont été exprimées publiquement par Mme B. Dans ce contexte de dissensions entre le maire et Mme B sa première adjointe, qui ont eu un écho public et quel que soit l'investissement de Mme B dans ses fonctions au cours de son mandat, la décision contestée ne peut être regardée comme ayant été inspirée par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration communale qui nécessite solidarité et confiance entre le maire et ses adjoints. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté du 12 juin 2023 doivent être écartés.

En ce qui concerne la délibération du 20 juin 2023 :

5. Dès lors que l'illégalité de l'arrêté du 12 juin 2023 abrogeant la délégation de fonctions et de signature qui avait été accordée à Mme B, en sa qualité de première adjointe n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la délibération du 20 juin 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Soubran s'est prononcé contre son maintien dans ses fonctions de première adjointe au maire, doit être écartée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2023 de la maire de Soubran et de la délibération du 20 juin 2023 du conseil municipal de la commune de Soubran. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Soubran, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B une somme au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Soubran au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Soubran.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024

Le président rapporteur,

Signé

P. CRISTILLE

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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