mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2302173 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOUILLAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2023, M. B A, représenté par Me Bouillault, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 juin 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a assigné à résidence pour une durée de 180 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la procédure à l'issue de laquelle le préfet lui a refusé un titre de séjour est irrégulière en ce que l'agent ayant procédé à la consultation du fichier des antécédents judiciaires, sur lequel s'est fondé le préfet pour rejeter sa demande, n'était pas habilité à consulter ce fichier en application des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ; l'administration ne pouvait rejeter sa demande de renouvellement de titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas de son état civil dès lors que l'avis défavorable de la police aux frontière sur lequel s'est fondé le préfet, relève uniquement le caractère incomplet du jugement supplétif qu'il a fourni sans que l'autorité préfectorale n'ait jamais sollicité la production de l'acte de transcription de ce jugement supplétif à l'état-civil en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ; le refus de titre de séjour qui lui est opposé n'est pas suffisamment motivé en ce qu'il se contente de reprendre la motivation du précédent arrêté annulé par la cour administrative de Bordeaux, en s'appropriant le sens de l'avis défavorable émis par la police aux frontières, sans motiver la fraude dont seraient entachés les documents justifiant de son état-civil qu'il a fournis à l'administration ; le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ; il a commis une erreur manifeste d'appréciation du caractère frauduleux des documents fournis ; il a commis une erreur de droit en ce qu'il justifie, en toute hypothèse, de son état-civil par un jugement supplétif du 4 avril 2017, un extrait conforme du jugement supplétif du 14 avril 2017 et un acte de naissance délivré sur la base de son jugement supplétif du 12 avril 2017 et en ce que le préfet n'a pas saisi les autorités maliennes aux fins de vérification de l'état civil ; la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; elle n'est pas suffisamment motivée ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire n'est pas suffisamment motivée ; elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du caractère frauduleux de sa demande ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée conformément à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ; il a commis une erreur de droit en retenant que son entrée en France était irrégulière et que ses documents d'état civil étaient contrefaits ;
- la décision d'assignation à résidence est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; elle n'est pas suffisamment motivée ; le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ; il a commis une erreur de droit dès lors que le fait d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle d'un départ ne constitue nullement un élément permettant de justifier de l'impossibilité de regagner son pays d'origine et donc d'une assignation à résidence pour 3 mois.
Le préfet de la Charente-Maritime, auquel la requête a été communiquée le 10 août 2023, n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien né le 7 janvier 2002 est entré irrégulièrement sur le territoire français le 1er juin 2017. Par un arrêt de la cour d'appel de Poitiers du 11 janvier 2019, il a été déclaré mineur et confié à l'aide sociale à l'enfance. A sa majorité, il a bénéficié d'un titre de séjour " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 17 décembre 2020 au 16 décembre 2021. Il a sollicité, le 29 novembre 2021, le renouvellement de ce titre de séjour auprès du préfet de la Charente-Maritime. Par un arrêté du 21 février 2022 celui-ci a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de trois mois. Par un jugement n° 2200523 du 12 juillet 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté le recours de l'intéressé contre cet arrêté. Par un arrêt n° 22BX02687 du 7 mars 2023 la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé l'arrêté du préfet de Charente-Maritime en date du 21 février 2022 pour incompétence ainsi que le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 12 juillet 2022 et a enjoint au préfet de Charente-Maritime de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois. Par un nouvel arrêté en date du 30 juin 2023, le préfet de la Charente-Maritime a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et l'a assigné à résidence pour une durée de 180 jours. M. A demande l'annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; () ". Selon l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Aux termes de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier de son état civil, M. A a fourni une copie d'un acte de naissance n°1213/REG25 issu de l'état civil de Bamako (centre de Médina Coura), transcrit le 18 avril 2017 sur la base du jugement supplétif d'acte de naissance n° 2341 rendu le 4 avril 2017, ainsi le jugement supplétif correspondant dont il n'est pas contesté qu'il est authentique. Or, ce jugement, qui constitue le justificatif originel à partir duquel doivent être établis l'ensemble des documents d'état civil et d'identité des ressortissants maliens, permet, à lui seul, d'attester de l'état-civil de l'intéressé. La circonstance que ce jugement ne porte pas la trace de sa transcription dans le registre d'état civil malien ne permet pas de remettre en cause l'état-civil de l'intéressé. Le préfet de la Charente-Maritime, auquel la requête a été communiquée, n'a pas jugé utile de défendre, ni de produire, dans le cadre du présent contentieux, les mêmes pièces que celles qu'il avait produites dans le cadre de l'instance n° 2200523. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application des dispositions du 1° de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que l'intéressé ne justifiait pas de son état civil et en refusant, pour ce motif, de lui délivrer la carte de séjour qu'il sollicitait sur le fondement de l'article L. 435-3 du même code.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 30 juin 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et l'a assigné à résidence pour une durée de 180 jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu et dans la mesure où le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il remplissait les conditions fixées par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour en tant que travailleur temporaire, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que l'administration procède au réexamen de sa situation administrative dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'il le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bouillault, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bouillault de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 30 juin 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et l'a assigné à résidence pour une durée de 180 jours, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Charente-Maritime de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État versera la somme de 900 euros à Me Bouillault, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Charente-Maritime et à Me Bouillault.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
Mme Boutet, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le président rapporteur,
Signé
L. CAMPOY
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
M. BOUTET
La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026