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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302193

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302193

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de Mme A, ressortissante arménienne, qui contestait l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle. Il a également jugé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme était infondé, compte tenu de l'absence d'attaches familiales et professionnelles stables en France. Enfin, le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, celui-ci bénéficiant d'une délégation régulière.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2023, Mme B A, représentée par la SCP d'avocats Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée au besoin d'office à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'une durée d'un an dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou à lui verser directement, si l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante arménienne née le 11 décembre 2003, est entrée en France le 22 septembre 2021. Sa mère a sollicité, par un courrier du 20 décembre 2021, son admission exceptionnelle au séjour au titre du regroupement familial. Par un arrêté du 13 juillet 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2.Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué dans son ensemble :

3.Par un arrêté du 8 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. Emmanuel Cayron, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation du préfet de la Charente-Maritime à l'effet de signer les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard desquelles a été examinée la demande de titre de séjour de Mme A, notamment son article L. 435-1 sur lequel elle est fondée, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise les circonstances de fait relatives à la situation administrative et personnelle de la requérante, en mentionnant notamment son arrivée irrégulière sur le territoire, sa résidence chez sa mère avec son frère, sa situation de célibataire et l'absence de ressources personnelles. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet de la Charente-Maritime s'est livré à un examen approfondi de sa situation personnelle.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En application de ces dispositions, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, la mère de Mme A, a fait une demande de regroupement familial auprès de la direction territoriale de Poitiers de l'Office de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 14 septembre 2020 pour que sa fille la rejoigne en France. Par un courrier du 4 février 2021, l'OFII a informé Mme C que sa demande n'avait pu aboutir favorablement faute de l'avoir complétée dans les délais impartis, et qu'il lui appartenait d'en formuler une nouvelle sous réserve de produire le jugement lui déléguant l'autorité parentale sur Mme A. L'entrée irrégulière de cette dernière sur le territoire français est postérieure à cet échec de regroupement familial. A l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, la requérante a produit une attestation certifiant qu'elle était assidue aux cours de français organisés par l'association " Parler français " depuis le 6 septembre 2022, une attestation de la mission locale de La Rochelle Ré Pays d'Aunis mentionnant son inscription à cette structure depuis le 7 janvier 2022 et au centre de formation pour adultes (CFA) de Lagord depuis le 27 avril 2022, la possibilité de bénéficier effectivement d'une formation étant subordonnée à la possession d'un " récépissé ", ainsi qu'une attestation de l'association Altéa Cabestan du 7 avril 2023 selon laquelle Mme A a participé à un atelier de communication orale de quarante-deux heures dans le cadre de l'action relative à l'accompagnement vers la formation, entre les mois de mars et août 2022. En outre, à la date de sa demande de titre de séjour, elle était hébergée à La Rochelle chez sa mère, où elle vivait avec son petit frère né en France en 2016. Toutefois, malgré les nombreuses attestations produites par la requérante quant à ses efforts indéniables d'intégration sociale et professionnelle, en tout état de cause postérieures à la décision attaquée, la requérante n'établit pas le caractère durable, ancien et stable des liens qu'elle a noués en France, hormis ceux qu'elle entretient avec sa mère et son frère, et alors qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, y ayant vécu chez ses grands-parents entre l'âge de dix ans et l'âge de dix-sept ans, période au cours de laquelle sa mère avait rejoint la France. Ainsi, nonobstant les promesses d'embauche de Mme A dans un camping et un salon de coiffure, postérieures à la date de décision en litige, celle-ci ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante, au regard des buts au vu desquels elle a été prise. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, malgré les liens familiaux de la requérante en France et ses efforts d'intégration, elle ne fait état d'aucune circonstance humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel qui justifierait son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu ces dispositions en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

11. En second lieu, il ressort des motifs énoncés au point 7 du présent jugement que le préfet de la Charente-Maritime n'a pas, en obligeant la requérante à quitter le territoire français, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. L'arrêté vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que la requérante, dont la nationalité est rappelée, n'établit pas être exposée à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, il comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la décision fixant le pays de destination laquelle est, dès lors, suffisamment motivée, et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 précité.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2023, par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles qui ont été présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Charente-Maritime.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

G. FAVARD

N°2302193

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