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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302197

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302197

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantATTALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2023, M. B A, représenté par Me Attali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et à se présenter au commissariat de police de Poitiers trois fois par semaine et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer, à titre exceptionnel, un titre de séjour " salarié " ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de délivrance de titre de séjour est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ; elle est entachée d'une première erreur de droit en ce qu'elle mentionne un arrêté portant délégation de signature non applicable ; elle est entachée d'une seconde erreur de droit en ce que le préfet de la Vienne pouvait, au regard de ses pouvoirs d'appréciation, l'admettre au séjour exceptionnel en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa situation professionnelle ; elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se fonde uniquement sur le refus de titre de séjour de l'intéressé alors que le préfet n'était pas en situation de compétente liée ; elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pipart a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 20 août 1982, est entré irrégulièrement sur le territoire français une première fois en 2013. Il a sollicité le statut de réfugié qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 mars 2014, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 octobre 2014. Après s'être conformé à une première mesure d'éloignement du 16 février 2015, M. A est de nouveau entré irrégulièrement sur le territoire français le 28 mars 2019, selon ses dires, pour solliciter un réexamen de sa demande d'asile. Cette nouvelle demande a été déclarée irrecevable par une décision du directeur général de l'OFPRA du 22 mai 2019, confirmée par la CNDA le 18 juillet 2019. Après s'être soustrait à une deuxième mesure d'éloignement du 25 mai 2020, l'intéressé s'est maintenu sur le territoire et, le 20 février 2023, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en tant que salarié. Par un arrêté en 19 juillet 2023, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai et l'a obligé à se présenter au commissariat de police de Poitiers trois fois par semaine. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté 2023-SG-DCPPAT-011 du 7 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le même jour, le préfet de la Vienne a donné délégation à la secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. En cas d'absence ou d'empêchement de la secrétaire générale, il ressort des dispositions de l'article 6 de cet arrêté que la délégation de signature qui lui est consentie est exercée par la directrice de cabinet du préfet de la Vienne. Il n'est pas établi, ni même allégué, que la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne n'était pas absente ou empêchée à la date de signature de l'acte attaqué. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la signature figurant sur l'acte attaqué aurait été apposée au moyen d'un tampon encreur. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la directrice de cabinet du préfet de la Vienne pour signer l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée vise les textes sur lesquels s'est fondé le préfet de la Vienne et, notamment, les articles L. 412-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux demandes de titre de séjour en tant que salarié ainsi que les articles L. 5221-2, L. 5221-5 et R. 5221-20 du code du travail. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de l'intéressé en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les motifs pour lesquels sa demande de titre de séjour doit être rejetée en raison, notamment, de l'absence d'un visa de long séjour et d'une autorisation de travail. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

4. En troisième lieu, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que son employeur ne serait pas parvenu à déposer la demande d'autorisation de travail en raison d'un dysfonctionnement de la plateforme de dépôts des demandes d'autorisation de travail. Il suit de là que le préfet de la Vienne a bien procédé à un examen approfondi de la situation personnelle, et notamment professionnelle, du requérant en rejetant sa demande sans tenir de cette circonstance.

5. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 qu'il y a bien lieu, en l'espèce, de faire application de l'arrêté 2023-SG-DCPPAT-011 en date du 7 juillet 2023 portant délégation de signature au profit de la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne. Au demeurant, une erreur dans les visas de l'arrêté attaqué serait sans influence sur sa régularité ou sa légalité.

6. En cinquième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur un autre fondement, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas formé de demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné sa demande sur ce fondement. M. A, ne fait au demeurant état d'aucune considération humanitaire ni de motifs exceptionnels justifiant qu'il lui soit fait application, à titre exceptionnel, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant ne pouvant utilement invoquer le bénéfice de ces dispositions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi, en toute hypothèse, être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Enfin, aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : 1° S'agissant de l'emploi proposé : a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; () ".

7. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Vienne s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas disposer d'un visa de long séjour, ni d'une autorisation de travail. Ces deux points ne sont pas utilement contestés par l'intéressé. Au surplus, l'intéressé ne démontre pas que l'offre d'emploi à laquelle il a répondu ait été publiée pendant un délai de trois semaines auprès d'organismes concourant au service public de l'emploi, ni même que l'emploi qu'il exerce relève de la liste des métiers en tension. Par suite, le préfet n'a commis ni erreur de droit, ni erreur d'appréciation en prenant la décision litigieuse et n'a pas davantage entaché celle-ci d'un quelconque vice de procédure.

8. En dernier lieu, la décision portant refus de délivrance de titre de séjour n'a pas pour objet de désigner le pays à destination duquel M. A sera éloigné en exécution de cette mesure. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision l'exposerait à des risques de traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée au regard de sa décision de refus de délivrance de titre de séjour pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Boutet, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

R. PIPART

Le président,

signé

L. CAMPOY

La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

N°2302197

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