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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302199

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302199

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHAABEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 10 août 2023, le 29 mars 2024 et le 15 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Chaaben, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou à défaut, " étudiant " ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision portant refus de délivrance de titre de séjour est entachée d'incompétence ; elle n'est pas suffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les stipulations du titre III de l'accord franco-algérien relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pipart,

- et les observations de Me Chaaben, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 20 juin 2000, est entrée sur le territoire français le 2 octobre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 10 août 2018 au 9 février 2019 et s'y est ensuite maintenue irrégulièrement sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Elle s'est soustraite à une première mesure d'éloignement du 15 juin 2021, confirmée le 18 novembre 2021 par le tribunal administratif de Poitiers et le 4 août 2022 par la cour administrative d'appel de Bordeaux. Le 19 octobre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " et, à titre subsidiaire, au titre de ses liens privés et familiaux en France. Par un arrêté du 19 juillet 2023, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors la disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. En l'espèce, le préfet de la Vienne fait valoir que, par une décision du 10 juin 2024, il a abrogé l'arrêté du 19 juillet 2023, par lequel il a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination et qu'ainsi le litige a perdu son objet. Toutefois, la décision portant refus de titre de séjour en litige avait reçu un commencement d'exécution pendant la période où l'arrêté du 19 juillet 2023 était en vigueur. Par suite, et contrairement à ce que soutient le préfet de la Vienne, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ont conservé leur objet. D'autre part, il est constant que les décisions par lesquelles la même autorité a obligé la requérante à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination n'ont reçu aucun commencement d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions se trouvent privées d'objet en cours d'instance. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

4. Aux termes du titre III de l'accord franco-algérien relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour du 27 décembre 1968: " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est fondé sur la circonstance que la requérante ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du titre III de l'accord franco-algérien. Toutefois, la condition tenant au caractère réel et sérieux des études suivies en France ne peut être retenue qu'en ce qui concerne le renouvellement du titre de séjour étudiant. Dans ces conditions, le préfet n'était pas fondé à refuser à la requérante la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté litigieux est entaché d'irrégularité et doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu, en application des dispositions citées au point précédent, d'enjoindre au préfet de la Vienne de réexaminer la situation de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête tendant à ce que cette injonction soit assortie d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son conseil peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chaaben de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B contre l'arrêté du préfet de la Vienne du 19 juillet 2023 en tant que celui-ci lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays d'éloignement.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Vienne en date du 19 juillet 2023 est annulé en tant qu'il refuse un titre de séjour à Mme B.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Chaaben une somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Vienne et à Me Chaaben.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Boutet, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

R. PIPART

Le président,

signé

L. CAMPOY

La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

N°2302199

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