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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302242

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302242

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL LELONG DUCLOS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 18 août 2023, le 19 juin 2024 et le 28 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Duclos, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai et l'a obligée à se présenter au commissariat de police de Poitiers trois jours par semaine ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 10 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ; il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délivrance de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard de la suffisance de ses ressources et du caractère réel et sérieux de ses études ; elle a validé son diplôme de licence 3 cette année et est en attente d'une admission en master ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur le refus de titre de séjour de l'intéressée alors que le préfet n'était pas en situation de compétence liée ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle la prive de la possibilité de poursuivre ses études et d'obtenir le diplôme souhaité ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire sur laquelle elle se fonde ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 199 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pipart,

- et les observations de Me Lelong, représentant Mme B.

Une note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 5 juillet 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 20 novembre 1989, est entrée sur le territoire français le 10 septembre 2022 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 20 juin 2022 au 18 septembre 2022. Elle s'est ensuite maintenue sur le territoire sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et, le 18 janvier 2023, a sollicité la délivrance d'une carte de résident algérien en tant qu'étudiante. Par un arrêté du 19 juillet 2023, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2023. Sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est par suite devenue sans objet.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

3. En premier lieu, par un arrêté 2023-SG-DCPPAT-011 en date du 7 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le même jour, le préfet de la Vienne a donné délégation à la secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. En cas d'absence ou d'empêchement de la secrétaire générale, il ressort des dispositions de l'article 6 de cet arrêté que la délégation de signature qui lui est consentie est exercée par la directrice de cabinet du préfet de la Vienne. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de cette dernière pour signer l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes sur lesquels l'autorité préfectorale s'est fondée et, notamment, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose la situation administrative et personnelle de la requérante ainsi que les motifs de fait et de droit pour lesquels celle-ci ne peut obtenir de titre de séjour en qualité d'étudiante. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme il vient d'être dit, ce refus est lui-même motivé en droit comme en fait et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. Enfin, la décision fixant le pays de destination expose que Mme B n'établit pas être exposée à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté comporte ainsi un exposé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde.

5. En dernier lieu, il ressort de cette motivation que le préfet s'est bien livré à un examen approfondi de la situation personnelle de la requérante.

Sur la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

6. Aux termes du titre III de l'accord franco-algérien relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour du 27 décembre 1968: " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". ". Aux termes de l'alinéa 2 de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".

7. Il n'est pas contesté que Mme B est entrée en France sans être titulaire d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Dès lors qu'elle ne remplissait cette condition posée par les stipulations précitées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet de la Vienne pouvait légalement, pour ce seul motif, lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'étudiante. Il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur l'insuffisance de ressources ou l'absence de caractère réel et sérieux des études de la requérante. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation au regard des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien, doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

9. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée au regard de sa décision de refus de délivrance de titre de séjour pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En dernier lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 6 que le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de la décision attaquée sur la poursuite de ses études de l'intéressée.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écartée.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Boutet, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

R. PIPART

Le président,

signé

L. CAMPOY

La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

N°2302242

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