mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2302252 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | KOUAMO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 août 2023, M. A C, représenté par Me Kouamo demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer sa demande de renouvellement de son titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur cette demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, faute pour son signataire de justifier d'une délégation régulière ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que son entreprise n'était pas viable économiquement dès lors qu'en raisons de lenteurs administrative, il ne s'est vu délivrer un titre de séjour lui permettant d'exercer une activité professionnelle en qualité d'entrepreneur que le 15 mars 2022, ce qui a nui à son activité en 2022 ; le préfet n'a par ailleurs pas pris en compte l'impact sur son activité économique de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19 ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale, tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
La requête a été communiquée au préfet de la Charente-Maritime, qui n'a pas produit d'observations.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Florent Raveneau,
- et les observations de Me Kouamo, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant camerounais né le 23 février 1996, est entré en France le 26 janvier 2019 muni d'un visa de long séjour. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " depuis le 10 décembre 2019 jusqu'au 30 septembre 2020. Après avoir obtenu un Master In Business Administration, spécialisation en Banque-Assurance et Gestion de patrimoine et immobilier à La Rochelle Business School, délivré en décembre 2020, il a sollicité un titre de séjour en tant qu'étudiant souhaitant créer une entreprise. Ce titre lui a été accordé pour la période courant jusqu'au 31 décembre 2021. Par la suite, M. B a sollicité un changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale " qui lui a été délivré le 15 mars 2022. Le 24 octobre 2022, M. B a demandé le renouvellement de ce titre de séjour. Par l'arrêté du 24 juillet 2023, le préfet de la Charente-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. B demande l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ainsi que de celle lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui souhaite exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Dès lors que l'étranger est lui-même le créateur de l'activité, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. ". Ainsi, le renouvellement d'une carte de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " est subordonné à la justification des mêmes conditions que celles prévues pour son attribution initiale, au nombre desquelles figure notamment celle de la viabilité économique de l'activité commerciale.
4. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour sollicité par M. B sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Charente-Maritime s'est fondé sur l'insuffisance des revenus générés par son activité professionnelle de prestation de services administratifs et financiers.
5. A l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour, le requérant a produit un " business plan " prévoyant un bilan d'ouverture de 100 euros, un chiffre d'affaires de 10 200 euros ainsi qu'une résultat net de 6 084 euros, une attestation délivrée par le pôle emploi relative au versement à l'intéressé de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) sur une période de 203 jours, un avis de non-imposition établie en 2022 sur les revenus de 2021 et l'attestation de déclarations de chiffres d'affaires de la micro-entreprise de l'intéressé à l'URSSAF au titre de l'année 2022. Dans le cadre de la présente instance, l'intéressé produit en outre un contrat de prestation de services passé le 2 décembre 2022 avec la société Sinequanone Conseil pour une période allant de 2 décembre 2022 au 31 août 2023 et prévoyant, à son point 10, " un règlement forfaitaire d'un montant de 15 648,39 € sous réserve d'ajustement entre les parties en fonction de la prestation réellement effectuée " ainsi qu'un avenant à ce contrat conclu le 11 mai 2023 démarrant le 4 septembre 2023 jusqu'à résiliation entre les parties et prévoyant, à son point 9, un " règlement forfaitaire mensuel d'un montant maximum de 4 306,98 € sous réserve d'ajustement entre les parties en fonction de la prestation réellement effectuée ". M. B produit enfin une attestation de déclarations de chiffre d'affaires, datée du 16 août 2023, couvrant la période de janvier à juin 2023 et révélant que l'intéressé a déclaré pour le premier semestre de l'année 2023 un montant de 12 171 euros au titre de bénéfices non commerciaux. Bien que ces justificatifs soient postérieurs au dépôt de sa demande de titre de séjour et même, s'agissant de l'attestation délivrée le 16 août 2023, postérieure à la décision attaquée, ils sont concordants et le préfet de Charente-Maritime n'apporte aucun élément permettant de les remettre en cause, de sorte qu'ils doivent être regardés comme révélant une situation de fait qui existait déjà à la date de la décision attaquée. Ainsi, M. B, par les pièces qu'il produit dans le cadre de la présente instance, justifie suffisamment de la viabilité économique de son entreprise à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet de la Charente-Maritime a, en refusant d'admettre l'intéressé au séjour en France en qualité d'entrepreneur, fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ce qui entraîne par voie de conséquence l'annulation des autres décisions contenues dans l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, sous réserve de changement dans les circonstances de droit ou de fait intervenu depuis l'édiction de l'arrêté 24 juillet 2023, de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 24 juillet 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Charente-Maritime, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Charente-Maritime.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Raveneau, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. RAVENEAU
Le président,
Signé
L. CAMPOY
La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
N°230225
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026