mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2302265 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
| Avocat requérant | FIGUEROA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 août 2023, M. A E, représenté par Me Figueroa, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision en date du 26 juillet 2023 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé son admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de l'admettre exceptionnellement au séjour pour motifs humanitaires ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- la décision de refus d'admission au séjour est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnait l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnait l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023 , la Préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. F pour exercer les fonctions prévues par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport M. F a été entendu au cours de l'audience publique en présence de Mme Berland greffière d'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant de nationalité congolaise (République démocratique du Congo) né le 28 avril 1998, serait, selon ses déclarations, entré en France le 19 décembre 2021 pour y solliciter le statut de réfugié. Cependant, sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 juillet 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 mai 2023. Par un arrêté du 26 juillet 2023 dont M. E demande l'annulation, la préfète des Deux-Sèvres a refusé son admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur la décision de refus d'admission au séjour :
2. En premier lieu, la décision contestée a été signé par Mme C B la directrice de cabinet de la préfecture des Deux-Sèvres à qui, par un arrêté du 2 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°79-2023-018, la préfète de ce département a donné délégation de signature à l'effet de signer les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Xavier Marotel secrétaire général de la préfecture. Il n'est pas établi que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à la situation de M. E. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les raisons de fait sur lesquelles la préfète des Deux-Sèvres s'est fondée pour prendre la décision contestée. Elle expose notamment que l'intéressé a vu sa demande d'asile rejetée par une décision de l'OFPRA confirmée par la CNDA et qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables sur le territoire national. Elle ajoute que l'intéressé n'établit, ni être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, ni être exposé à des peines et traitements inhumains en cas de retour en République démocratique du Congo. Par suite, la décision attaquée, qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation de la requérante, est suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, une décision refusant l'admission au séjour ne constitue ni une mesure d'éloignement ni une décision fixant un pays de renvoi. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est ainsi inopérant.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
6. M. E se prévaut de sa situation de grande vulnérabilité et des risques de persécutions ou de traitements inhumains qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine en raison, d'une part, du rejet dont il est victime de la part de ses voisins depuis le décès de sa mère, d'autre part, des graves sévices subis avant son arrivée en France, lesquels nécessitent un suivi médical régulier. Toutefois, alors qu'ainsi qu'il a été dit de tels risques n'ont pas été retenus par l'OFPRA et par la CNDA qui ont rejeté sa demande d'asile, le requérant ne justifie pas, par la seule production d'un certificat du centre hospitalier de Niort faisant état d'un entretien au centre médico-psychologique le 8 février 2023, de la réalité des risques invoqués en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
7. En premier lieu, l'illégalité de la décision de refus d'admission au séjour n'étant pas établie, ainsi qu'il a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que la décision obligeant la requérante à quitter le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale, ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée.
9. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme il a été dit au point 3, ce refus est lui-même motivé en droit comme en fait et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
10. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'implique pas par elle-même le retour de l'intéressé dans son pays d'origine.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
12. M. E soutient qu'il ne peut pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il serait gravement menacé en cas de retour dans son pays d'origine et que son état psychologique particulièrement dégradé nécessite un suivi médical qui ne lui serait pas accessible en République démocratique du Congo. Toutefois, il ne produit aucun élément de nature à établir que le suivi médical dont il fait l'objet ne serait pas disponible dans son pays d'origine ni que son état de santé nécessiterait une prise en charge dont le défaut aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Au surplus, le requérant n'a pas déposé de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par suite, M. E n'est pas fondée à soutenir que la préfète des Deux-Sèvres a méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
14. M. E qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile, ne pouvait ignorer, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui visait à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, qu'en cas de refus, il serait susceptible de faire l'objet d'une telle décision. Le requérant, qui a pu présenter des observations dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile, n'établit ni même n'allègue qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2023 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé à M. E son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celle présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la préfète des Deux-Sèvres.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
P. F
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026