mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2302321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 août 2023, M. B C, représenté par Me Bonnet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 28 juillet 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son avocate au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le préfet de la Vienne ne pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas de son état civil, dès lors que les éléments qu'il a produits permettent d'établir son état civil ;
- il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henry,
- et les observations de Me Bonnet, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant malien né le 26 janvier 2003, est entré en France en février 2020. Il a sollicité, le 25 juin 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 28 juillet 2023, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil () ". Selon l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". En vertu de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".
3. Ces dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
4. Pour rejeter la demande de titre de séjour déposée par M. C, le préfet de la Vienne a relevé, dans la décision attaquée, que " la conformité de l'acte de naissance présenté par Monsieur C B a été remis en cause par la direction centrale de la police aux frontières Sud-Ouest le 10/12/2021 qui a émis un avis favorable ; il ressort de l'analyse de la police aux frontières que la naissance de l'intéressé a été déclarée hors délai et que l'établissement d'un acte de naissance ne pouvait se faire qu'à partir d'un jugement supplétif ; d'autre part l'autorité de délivrance de l'acte n'est pas conforme à celle prévue par la législation malienne ". Le préfet fait, en outre, valoir en défense que l'extrait d'acte de naissance produit ne comporte pas en en-tête le numéro A de l'intéressé.
5. Toutefois, alors que la loi du 11 août 2006 portant institution du numéro d'identification nationale des personnes physiques et morales (dit " A ") est postérieure à la naissance de M. C et que les ressortissants maliens nés antérieurement à cette loi ne se sont pas encore tous vu attribuer un tel numéro, le préfet de la Vienne n'apporte aucun élément de nature à établir que, dans le cas particulier de M. C, l'absence d'attribution d'un tel numéro à la date à laquelle l'extrait d'acte de naissance lui a été délivré, soit le 1er août 2014, présenterait un caractère hautement improbable ou invraisemblable et que son absence sur ce document d'état-civil constituerait de ce fait une irrégularité caractérisée. En outre, la circonstance que l'extrait d'acte de naissance produit par M. C ne fasse pas référence à un jugement supplétif ne suffit pas à considérer que l'acte de naissance n'a pas été rédigé au vu d'un tel jugement, le préfet n'apportant aucun élément permettant d'établir que cette information devrait être portée sur un simple extrait. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les autorités maliennes ont remis à M. C, le 26 août 2022, soit postérieurement à l'analyse de son extrait d'acte de naissance par la police aux frontières, un passeport comportant le numéro A, dont l'authenticité intrinsèque n'est pas contestée par le préfet et dont les mentions, convergentes avec celles de l'extrait d'acte de naissance présenté par M. C, corroborent l'état-civil dont celui-ci s'est prévalu à l'occasion de sa demande de titre de séjour. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la vraisemblance de l'état-civil mentionné sur les documents présentés par M. C aurait été jusque-là sérieusement mise en doute, notamment à l'occasion puis au cours de son placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance. Le préfet n'a pas davantage apporté d'autres éléments de nature à mettre en doute cette vraisemblance. Dans ces conditions, les seules anomalies formelles relevées par les services de la police aux frontières dans son avis du 10 décembre 2021 n'étaient en l'espèce pas suffisantes pour écarter la force probante de l'extrait d'acte de naissance présenté par M. C et mettre en doute l'état-civil de ce dernier. Par suite, en refusant de délivrer à M. C un titre de séjour au motif qu'il avait présenté un document d'état-civil frauduleux, le préfet de la Vienne a fait une inexacte application des dispositions citées au point 2.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "
7. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. C, qui faisait l'objet d'un contrat jeune majeur qui avait été renouvelé jusqu'au jour de ses 21 ans, était inscrit depuis plus de six mois en CAP Peintre applicateur de revêtements, dans le cadre d'une convention de formation par apprentissage conclue avec une entreprise située à Biard, et que la structure d'accueil avait émis un avis favorable à la délivrance d'un titre de séjour. En outre, M. C a obtenu son diplôme en juillet 2023 et la note de situation rédigée par la structure d'accueil le 7 août 2023, qui éclaire la situation de l'intéressé à la date de la décision attaquée, indique qu'il est " assidu, sérieux et montre un réel intérêt au métier de peinte en bâtiment. Cette attitude est relatée par l'entreprise ainsi que par [le] CFA ". Enfin, l'intéressé justifie d'une promesse d'embauche de l'entreprise auprès de laquelle il a réalisé son apprentissage. Dans ces conditions, et quand bien même M. C a des frères et sœurs dans son pays d'origine, le préfet de la Vienne a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
9. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Compte tenu des motifs de l'annulation prononcée, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Vienne délivre un titre de séjour à M. C. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Vienne de procéder à la délivrance d'un tel titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bonnet, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bonnet d'une somme de 900 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 28 juillet 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de délivrer un titre de séjour à M. C dans un délai d'un mois.
Article 3 : L'État versera à Me Bonnet une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bonnet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Bonnet et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Raveneau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. HENRY
Le président,
Signé
L. CAMPOYLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026