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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302379

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302379

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2023, M. B C, représenté par Me Caliot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 août 2023 par laquelle le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français " avec délai de départ volontaire " et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision été signée par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision qui n'est assortie d'aucun délai clairement fixé de départ volontaire est irrégulière ;

- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle en ce qu'elle n'a pas tenu compte du fait que sa vie est menacée en cas de retour dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale ;

- elle résulte d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023 le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, qui s'est tenue en présence de Mme Berland greffière, le rapport de M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen né le 1er avril 1994, déclare être entré en France le 1er août 2021. Sa demande d'asile présentée le 15 septembre 2021 a été rejetée par une décision du 13 octobre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 26 juin 2023. Par un arrêté du 17 août 2023, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français, a prévu un délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 7 juillet 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Vienne a donné délégation à Mme A, sous-préfète, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit en visant les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Elle contient des considérations de fait mentionnant, outre la date d'arrivée en France de M. C, sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA le 13 octobre 2023 puis par la CNDA le 26 juin 2023, sa situation privée et familiale, en ce qu'il est célibataire, sans enfant et ne justifie pas d'attaches stables en France alors qu'il n'est pas dépourvu de liens avec son pays d'origine. Ainsi, et alors que le préfet n'était pas tenu de faire mention de manière exhaustive de tous les éléments tenant à la situation personnelle du requérant, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite la décision contestée n'a pas méconnu les exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () " Aux termes de l'article 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "

5. Il résulte de ces dispositions que l'étranger dispose, en principe, pour quitter volontairement le territoire français d'un délai d'une durée de trente jours, à moins que le préfet ne décide expressément soit de lui accorder un délai plus long, soit de ne lui en accorder aucun. En l'absence de toute mention relative au délai de départ volontaire dans la décision attaquée ou de toute décision expresse ayant cet objet, M. C disposait d'un délai de trente jours pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entaché d'un vice de forme en l'absence de délai de départ clairement fixé doit être écarté.

6. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre () ".

7. M. C soutient que la mesure d'éloignement porte une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale en ce qu'il entretient une relation de concubinage avec une ressortissante française chez qui il vit. Toutefois, le séjour de M. C en France remontant à deux ans à la date de la décision contestée est récent et la relation de couple dont il se prévaut n'a débuté que le 31 juillet 2023 d'après les termes mêmes d'une attestation sur l'honneur établie par sa compagne. Aucune pièce du dossier ne permet d'établir une quelconque insertion sociale, amicale ou professionnelle sur le territoire français. Enfin, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision contestée. Le préfet de la Vienne n'a davantage pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé. La circonstance qu'il serait menacé dans son pays d'origine est inopérante à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français qui ne fixe pas le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui a été dit que M. C qui n'a pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut obtenir l'annulation de cette décision. Il n'est dès lors pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi.

9. La décision fixant le pays de renvoi de M. C vise les articles L. 513-2 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, elle relève que l'intéressé est un ressortissant guinéen dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA, qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'il n'établit pas être exposé à des traitements proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

10. Il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée portée au droit au respect de sa vie privée et familiale et de l'erreur manifeste d'appréciation dirigés contre la décision fixant le pays de destination.

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si M. C fait valoir qu'il est exposé à des risques de violence et à des menaces en cas de retour en Guinée, les documents qu'il produit à l'appui de ses affirmations, notamment le récit qu'il a présenté devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne permettent pas de démontrer qu'il serait personnellement exposé à des risques sérieux et actuels pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine, alors d'ailleurs que les faits allégués et les craintes personnelles énoncées par l'intéressé n'ont pas été tenus pour établis et fondées par respectivement l'OFPRA et la CNDA dans leurs décisions susmentionnées. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 août 2023, par lequel le préfet de la vienne a obligé M. C à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C au préfet de la Vienne

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

P. D

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. COLLET

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