mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2302400 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ONDONGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 août 2023 et le 14 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Ondongo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et approfondi de sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur de fait dès lors qu'étant lycéen en classe de première, les relevés de notes de l'année en cours de terminale dont il est fait mention dans l'arrêté ne peuvent exister ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la satisfaction des conditions prévues par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 9 décembre 2022 ;
- la circonstance qu'il ne dispose pas d'un visa de long séjour ne suffit pas à justifier le refus de délivrance du titre sollicité ;
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " :
- le préfet a commis une erreur de droit en refusant de lui délivrer le titre de séjour prévu par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, dont les parents l'ont hébergé du mois de février au mois de septembre 2022, et que sa situation professionnelle sera très certainement perturbé en cas de retour dans son pays d'origine si ses trois années d'études en France s'avèrent inutiles ;
- en indiquant qu'il ne dispose d'aucun membre de sa famille sur le territoire français alors que son oncle réside à Poitiers, la décision est également entachée d'erreur de fait ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale, tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Raveneau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant gabonais et coréen né le 26 juillet 2003, est entré sans visa de long séjour en France le 26 octobre 2020 à l'âge de 17 ans et s'y est irrégulièrement maintenu pendant les trois premières années de sa scolarité. Il a demandé le 15 mai 2023 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 26 juillet 2023, le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étudiant ou au titre de sa privée et familiale, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté du 26 juillet 2023 a été signé par la directrice de cabinet du préfet de la Vienne, qui a reçu délégation de ce dernier, par un arrêté du 7 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le même jour, à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne. Cette délégation porte, notamment, sur les décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour portant la mention " étudiant " :
3. En premier lieu, il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet de la Vienne a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle du requérant.
4. En deuxième lieu, en mentionnant dans la décision attaquée que le requérant était, au titre de l'année scolaire 2022-2023 en classe de terminale alors que M. A était en réalité en classe de première professionnelle, le préfet a commis une simple erreur de plume, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes de l'article 12 de la même convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ". Par ailleurs, l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".
6. Il n'est pas contesté que M. A n'a pas présenté de visa de long séjour à l'appui de sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". L'intéressé ne fait état d'aucune véritable nécessité liée au déroulement de ses études justifiant que le préfet procède, sur ce point, à la régularisation de sa situation. Il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce défaut de visa pour rejeter la demande de M. A. Par suite, en refusant de délivrer à l'intéressé un titre de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de la convention franco-gabonaise du 9 décembre 1992.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France le 26 octobre 2020 et s'y est maintenu irrégulièrement jusqu'au 15 mai 2023, date à laquelle il s'est vu délivrer un récépissé de demande de carte de séjour portant la mention " étudiant ". Il n'établit pas vivre en concubinage avec une ressortissante française, ni être pris en charge par les parents de cette dernière comme il le soutient. La circonstance qu'un retour dans son pays d'origine sans être allé au-delà de ses trois années de scolarité en France serait de nature à préjudicier à sa future situation professionnelle future n'est pas non plus établie et reste, en toute hypothèse, sans influence sur la légalité de la décision lui refusant un titre de séjour sur le terrain de la vie privée et familiale. Par ailleurs, alors que le requérant soutient que l'un de ses oncles résiderait en France, l'attestation produite en ce sens au dossier est postérieure à la décision attaquée et ne révèle en tout état de cause aucune erreur de fait dès lors que son lien de parenté avec la personne présentée comme son oncle n'est pas démontré. Au demeurant, cette attestation peu circonstanciée ne permet pas, à elle seule, d'établir que M. A aurait tissé des liens personnels et familiaux intenses, anciens, et stables sur le territoire français ou y avoir établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux. M. A n'est en revanche pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Chine, où il a vécu la majeure partie de son existence et dans lequel résident sa mère et sa sœur, ni au Gabon, pays dont il possède la nationalité et dans lequel réside son père. Dans ces conditions, le préfet n'a commis aucune erreur de fait et n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en lui refusant un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, cette décision ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus qui lui ont été opposés et des buts en vue desquels cette décision a été prise.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vienne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
Mme Bréjeon, conseillère,
M. Raveneau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
F. RAVENEAU
Le président,
signé
L. CAMPOY
La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026