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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302434

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302434

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantCABINET RENNER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. B, qui contestait le refus implicite du préfet de la Vienne de lui délivrer son permis de conduire. M. B, contrôlé positif aux stupéfiants en période de conduite supervisée, s'était vu imposer une visite médicale préalable à l'obtention du permis. Le tribunal a jugé que cette obligation, fondée sur l'article R. 221-13 du code de la route, s'applique également aux élèves conducteurs ayant commis une infraction, et que le préfet avait légalement conditionné la délivrance du permis à cette visite. La solution retenue est le rejet de l'intégralité des conclusions de M. B, incluant sa demande d'injonction et celle relative aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Renner, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du préfet de la Vienne en date du 26 juillet 2023 par laquelle il a refusé sa demande de délivrance de son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer son permis de conduire qu'il a obtenu le 28 février 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 74 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de lui délivrer son permis de conduire au motif qu'il doit se soumettre à une visite médicale préalable méconnaît les dispositions des articles L. 224-12, L. 224-14 et L. 235-1 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le décret n° 2007-240 du 22 février 2007 ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. C. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 mai 2022, M. B, né en 2003, a fait l'objet alors qu'il était en période de conduite supervisée d'un contrôle routier qui s'est révélé positif aux produits stupéfiants. M. B a fait l'objet d'une rétention administrative de son autorisation de conduite supervisée le même jour. Par un arrêté du 3 juin 2022, le préfet de la Vienne a interdit à M. B de solliciter la délivrance d'un permis de conduire pendant une durée de six mois, lui a interdit de conduire, même accompagné d'une personne titulaire de permis de conduire, pendant la même durée et a conditionné la délivrance d'un permis de conduire après ce délai à une visite médicale. M. B a obtenu l'examen du permis de conduire le 28 février 2023. Le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer son permis de conduire. Par courrier en date du 23 mai 2023, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision. Une décision implicite de rejet est née le 26 juillet 2023. Par sa requête M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet du 26 juillet 2023. Ces conclusions doivent être regardées comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 224-12 du code de la route : " Lorsqu'un conducteur a fait l'objet d'une condamnation susceptible de motiver le prononcé des peines complémentaires de suspension ou d'annulation du permis de conduire et qu'il n'est pas titulaire de celui-ci, ces peines sont remplacées à son égard, pour la même durée, par la peine d'interdiction d'obtenir la délivrance du permis de conduire. ". Aux termes de l'article L. 224-14 du code de la route : " () en cas de suspension du permis de conduire dont la durée est fixée par décret en Conseil d'Etat, l'intéressé ne peut solliciter un nouveau permis ou la restitution de son permis sans avoir été reconnu apte après un examen ou une analyse médicale, clinique, biologique et psychotechnique effectué à ses frais ". L'article R. 221-13 du même code dispose que : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : () / 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 () 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus ".

3. Contrairement à ce que soutient M. B, l'article R. 221-13 du code de la route soumet à des analyses ou à des examens médicaux, cliniques et biologiques les conducteurs, qu'il soit titulaire du permis de conduire ou en cours d'apprentissage, qui ont fait l'objet d'une mesure portant restriction ou suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions qu'il mentionne, que cette mesure ait été prononcée par l'autorité administrative ou par l'autorité judiciaire, et subordonne la restitution du permis de conduire à la réalisation de ces analyses ou examens. Il résulte des dispositions citées dessus, que l'élève conducteur, considéré comme un conducteur au sens de ses dispositions, qui a commis une infraction au code de la route ayant donné lieu à une obligation de se soumettre à une visite médicale et à une interdiction d'obtenir la délivrance du permis de conduire ne peut obtenir un permis de conduire qu'après avoir satisfait à la visite médicale ordonnée par le préfet.

4. Il résulte de l'instruction que M. B était en conduite supervisée lorsqu'il a été contrôlé positivement aux produits stupéfiants, qu'il était alors le conducteur au sens de l'article R. 221-13 du code de la route, et que le préfet pouvait légalement prendre à son encontre une obligation de se soumettre à une visite médicale pour l'obtention de son permis de conduire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 224-12, L. 224-14 et L. 235-1 ne peut qu'être écarté.

5. Par suite, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celle présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée au préfet de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. C

La greffière,

Signé

N. COLLETLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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